Titre français: Heureux comme Lazzaro

Equipe: Adriano Tardiolo, Alba Rohrwacher, Alice Rohrwacher, Sergi López
Durée: 127‘
Genre: Drame
Date de sortie: 07/11/2018
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Lazzaro, un jeune paysan d’une bonté exceptionnelle vit à l’Inviolata, un hameau resté à l’écart du monde sur lequel règne la marquise Alfonsina de Luna.
La vie des paysans est inchangée depuis toujours, ils sont exploités, et à leur tour, ils abusent de la bonté de Lazzaro.
Un été, il se lie d’amitié avec Tancredi, le fils de la marquise. Une amitié si précieuse qu’elle lui fera traverser le temps et mènera Lazzaro au monde moderne.

Notre critique:

Le cinéma italien n’a pas comme figure de proue uniquement Matteo Garrone, Nanni Moretti ou Paolo Sorentino. Il faut aussi compter sur la présence d’Alice Rohrwacher. Un peu comme Sorrentino et Garrone, elle fait partie de ce club de réalisateurs faisant du cinéma d’auteur souvent prisé, voire primé, en festivals. Ce sont des habitués de la Croisette et, quand l’un n’y est pas, un autre représente le contingent. LAZZARO FELICE (ou HEUREUX COMME LAZZARO en français) est son troisième long-métrage après CORPO CELESTE et LES MERVEILLES. Le premier fut sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs tandis que le second, tout comme LAZZARO FELICE, eut les honneurs de la compétition en Sélection Officielle

LAZZARO FELICE fait partie de ces œuvres atypiques dont le cinéma italien est souvent friand. Le film narre la vie de Lazzaro dans l’Inviolata au début du siècle. L’Inviolata est un domaine régit par une marquise et dont les « employés » sont plutôt des esclaves. Ils vivent reclus dans le domaine, se tuent à la tâche du matin au soir et ne quittent jamais les lieux. Ils n’ont quasiment aucun contact avec l’extérieur si ce n’est un homme de la ville qui vient leur rendre visiter et leur apporter quelques nouvelles et objets de temps à autres. Un beau jour, Lazzaro va se lier d’amitié avec le jeune marquis, le fils de sa patronne. Cette amitié va amener Lazzaro à vivre une drôle d’aventure qui va lui faire traverser le temps.

LAZZARO FELICE joue sur les temporalités. Il propose un voyage en deux temps, deux films en un quasiment. L’histoire de la première partie a évidemment un lien avec la seconde mais elle pourrait quasiment exister d’elle-même, sans suite. Bien entendu, l’intérêt principal réside dans cette structure en deux parties, la première prenant encore plus de sens grâce à la seconde. Lazzaro va être plongé dans un nouveau monde qui n’est pas le sien. Pourtant, plusieurs aspects rappelant ses origines sont présents et, sa famille n’est pas si loin.

Le film est un voyage personnel pour Lazzaro, une introspection sur la famille et l’évolution de celle-ci (celle-ci dans le sens de famille en général, pas juste celle du film bien entendu). Il y a des réflexions sur divers sujets comme l’esclavage, la gentillesse, la bonté, le service, la famille et d’autres encore. Cependant, il faut bien souligner que c’est une œuvre qui peut être perturbante. La structure narrative ainsi qu’un élément fantastique peuvent déstabiliser les spectateurs. Le rythme ainsi que les éléments précédemment cités peuvent -plus que décontenancer- ennuyer, mais, pour ceux qui auront le courage de s’y lancer, il y a un voyage salvateur à la clé.

C’est une œuvre vivante qui jouit d’un excellent casting qui comporte, entre autres, Alba Rohrwacher (la sœur de la réalisatrice, une autre actrice de renom du cinéma italien) ou encore l’espagnol Sergi Lopez qu’on voit toujours avec grand plaisir. Bien entendu, celui dont il faut parler, c’est l’interprète de Lazzaro, le novice Adriano Tardiolo dont c’est le premier film. Sa candeur transporte le film et lui confère ce ton très particulier.

Il est évident que LAZZARO FELICE n’est pas un film qui plaira à tout le monde. Il joue sur deux époques et s’intéresse à des thèmes qui ne sont pas forcément faciles, mais il est la preuve, si besoin était, que le cinéma italien est d’une richesse énorme, parfois insoupçonnée.

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.