Equipe:
Durée: 129‘
Genre:
Date de sortie: 03/09/2002
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

18 années de mensonges et de tromperies, c’est ainsi que pourraient se résumer la vie et la déchéance de Jean-Marc Faure jusqu’à cette horrible journée du 9 juillet 1993 où sentant l’étau se refermer, il a préféré supprimer tous ceux qu’il aimait plutôt que de leur confesser la vérité. Près de dix ans plus tard, jugé et condamné, l’homme est désormais à perpétuité sous les barreaux mais son mystère demeure. Comment pendant toutes ces longues années, celui qui jamais ne se présenta à son examen de deuxième année de médecine a-t-il pu faire croire à ses proches et son entourage qu’il était un riche et brillant médecin travaillant à la prestigieuse OMS à Genève alors qu’il passait ses journées sur des aires d’autoroute ou dans des chambres d’hôtel. Vivant d’absence et de vent, sans diplôme ni emploi, escroquant sa famille pour mener un train de vie de notable, comment a-t-il pu sombrer dans ce gouffre de néant et commettre l’impardonnable. Cette histoire impensable n’est malheureusement pas qu’une simple fiction puisqu’elle s’inspire de la sinistre affaire Romand, monstrueux fait divers qui aujourd’hui encore continue de choquer les esprits.

Notre critique:

Après une jolie carrière d’actrice, depuis maintenant quelques années le nom de Nicole Garcia fait désormais partie des réalisateurs qui comptent dans le paysage du cinéma français. D’UN WEEK-END SUR DEUX au FILS PREFERE en passant par PLACE VENDOME, c’est à chaque fois un petit bout d’elle-même qu’elle met en scène dans des films souvent denses, noirs et romanesques où l’on sent sa présence derrière chaque figure centrale. Pour ce quatrième long métrage, fidèle à son scénariste habituel et aidée par son propre fils metteur en scène de théâtre, elle rompt cette fois avec ses habitudes de fiction originale en décidant d’adapter à l’écran le roman éponyme d’Emmanuel Carrère qui retrace l’histoire de Jean-Paul Romand, ce tragique fait divers qui fascine autant qu’il répulse tant il anéantit la raison et ouvre un abîme qui défie les commentaires. Même si le tapis cannois lui fut déroulé pour l’occasion (en compétition officielle mais repartie bredouille) autant dire qu’avec une histoire pareille la dame était attendue au tournant.

Il faut dire que L’ADVERSAIRE est le film genre “peau de banane” qui cumule les handicaps: un personnage insondable et voué au pire qui résiste même à l’avis des psychiatres et des experts, une intrigue sans espoir dont l’issue est connue de tous, des faits réels beaucoup trop violents et récents pour être dépassionnés et digérés par le public sans compter la sortie peu de temps après d’un autre film s’inspirant du même sujet (le formidable EMPLOI DU TEMPS). Mais contrairement à Laurent Cantet qui prenait ses distances avec l’histoire vraie préférant s’en inspirer plus librement en prenant soin d’en évacuer la dimension monstrueuse, Nicole Garcia elle, préfère rester fidèle au livre en s’en tenant aux faits et rien qu’aux faits avec un dévouement presque dangereux. Ecartant volontairement la part judiciaire de l’affaire et sans doute dans un souci d’objectivité, elle décrit froidement et cliniquement les derniers mois de cette effroyable histoire au travers de bribes d’événements quotidiens sans chercher à juger ou éclaicir les motivations de son personnage.

Alors que dans le récent EMPLOI DU TEMPS, le processus de révolte du héros avait une dimension sociale et que la réflexion du film se basait sur le néant de sa vie, L’ADVERSAIRE lui en se contentant d’épeler la réalité d’une façon impersonnelle et illustrative sans creuser les racines du mal qui ronge son personnage ni apporter aucune explication psychologique à laquelle se raccrocher, s’englue dans un lent et oppressant récit où chaque minute qui s’écoule ne fait qu’accentuer notre malaise. On ne comprend rien à cet homme insaisissable, comment marche-t-il, où va-t-il? Prisonnier de ce film piège, on se sent condamné sans qu’aucune piste ne nous soit offerte, à partager l’impuissance des autres personnages et à assister horrifié au final trop connu et attendu, hagard comme réveillé d’un mauvais cauchemar.

Difficile d’être clair dans le mensonge et encore plus de montrer l’immontrable me direz-vous… Il ne nous reste donc qu’à admirer l’image froide et l’interprétation parfaite des acteurs (Daniel Auteuil en tête impressionnant d’opacité et de silence), le tout bercé par les notes glaciales de Badalamenti, mais cela valait-il vraiment la peine d’être filmé? Quant à moi une autre question sans réponse me taraude depuis plusieurs jours, à quoi pense Romand aujourd’hui au fond de sa cellule?

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Journaliste

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