Equipe:
Durée: 132‘
Genre:
Date de sortie: 10/04/2001
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Gérard (Gérard Meylan), cow-boy solitaire à la gachette facile, règne sur un bar vide. Michèle (Ariane Ascaride) travaille de nuit au marché aux poissons. Le matin sur sa mobylette, épuisée elle rentre chez elle nourrir le bébé de sa fille (Julie-Marie Parmentier). Entre un mari chômeur, au Front National et au pastis matinal, une fille prostituée et junkie en phase finale, elle a du mal à respirer. Quant à Paul (Jean-Pierre Darroussin), après avoir trahi ses camarades dockers en grêve et accepté la prime de licenciement avec laquelle il s'est acheté un taxi. (clin d'oeil agressif au TAXI de Besson?) Même si il est encore capable de chanter l'Internationale en plusieurs langues, il ne croit plus vraiment aux paroles car comme il le dit lui même "maintenant pour tomber plus bas çà sera difficile". Mort qui surgit là où on ne l'attend pas, toxicomanie, prostitution, racisme ordinaire, cynisme politique et violence, c'est la ville entière qui se décompose et est gangrenée. Comme deux fils rouges Michèle la "mère courage" et Paul le "loser solitaire", nous entraînent dans cette chronique amère et noire où s'entrecroisent de nombreux personnages plus désorientés les uns que les autres.

 

Notre critique:

La ville est tranquille semble nous dire la caméra de Robert Guédiguian, balayant les hauteurs de la citée phocéenne dans un long premier plan panoramique façon carte postale, bercé par une douce mélodie au piano. Ce calme lisse sous le soleil marseillais est de bien courte durée et la chute est bien dure lorsque la caméra se pose enfin, nous dévoilant la source musicale: un enfant faisant la manche auprès de touristes dans un jardin public, scène ordinaire du quotidien d’un monde qui va plus ou moins mal. Si pour son dixième film le réalisateur de MARIUS ET JEANNETTE nous replonge dans son petit monde habituel (sa Marseille natale et sa troupe de fidèles comédiens), celui-ci n’a plus rien du conte provençal coloré et il y fait même plutôt bien sombre. Ici chaque personnage tente de vivre ou de survivre dans une extrême confusion, riche ou pauvre, jeune ou vieux mais tous solitaires et désemparés dans ce manège désanchanté de la vie.

Dans ce constat pathétique Robert Guédiguian vise juste, touche et nous marque. Là où le piège de sombrer dans le mélo était grand, il installe une tragédie que l’on sent bien réelle grâce à la vigueur et la sincérité des acteurs mais aussi une mise en scène subtile et efficace: une succession de séquences courtes et rapides qui savent s’interrompre dès que la limite est franchie.

Militant politique, producteur, réalisateur, Robert Guédiguian est entré dans le cinéma comme on entre en résistance. Mis en chantier en même temps qu’A L’ATTAQUE, LA VILLE EST TRANQUILLE rompt avec la naïveté et l’optimisme qu’on lui connaissait, Guédiguian affiche ses colères et parle de ce qui lui fait peur. A ceux qui jugent son cinéma manichéen et simpliste voire excessif, il revendique ces choix estimant que c’est sa façon de toucher un maximum de gens et de les faire réfléchir. Si cette démarche est devenue monnaie courante dans le cinéma britannique, elle reste encore marginale de l’autre côté de la Manche et ce film est l’un des rares qui a su s’approcher de la réalité sociale avec autant de justesse et de réalisme en dépassant l’affectif. La misère n’est pas moins pénible au soleil, même si la dernière séquence amène une petite lueur musicale, il pleut sur Marseille et beaucoup d’autres villes.

 

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Journaliste

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