Equipe: Eriq Ebouaney, Julien Leclercq, Jérémie Guez, Sami Bouajila, Samy Seghir
Durée: 80‘
Genre: Thriller
Date de sortie:
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Saïd, gérant d’une scierie, vit avec sa fille malentendante Sarah dans la dépendance de l’usine. Alors qu’il est sur le point de vendre l’entreprise, l’un de ses employés cache une voiture remplie de cocaïne dérobée à un cartel de la drogue au milieu de sa propriété. Un butin que Saïd ne peut se résoudre à livrer, et que le gang n’a pas l’intention de laisser échapper.

Notre critique:

On aurait tort de dire que le cinéma franco-belge n’est pas un cinéma d’action. Depuis La Trêve, BLACK ou plus récemment TUEURS de François Troukens et D’ARDENNEN de Robin Pront, une nouvelle vague de réalisateurs s’empare des paysages de notre plat pays pour y dérouler des films haletants et des actioners survitaminés. Avec LA TERRE ET LE SANG, le réalisateur français Julien Leclercq ajoute sa pierre à l’édifice, nous offrant un thriller tendu au coeur des Ardennes. Un paysage qui, depuis CALVAIRE, ne cesse de rappeler toute la puissance de ses ambiances hautement cinématographiques.

Comme souvent, le pitch est simple, efficace. Saïd, gérant d’une scierie, vit avec sa fille malentendante Sarah dans la dépendance de l’usine. Alors qu’il est sur le point de vendre l’entreprise, l’un de ses employés cache une voiture remplie de cocaïne dérobée à un cartel de la drogue au milieu de sa propriété. Un butin que Saïd ne peut se résoudre à livrer, et que le gang n’a pas l’intention de laisser échapper.

Sans s’encombrer de fioritures scénaristiques, le film nous présente rapidement les différents protagonistes du bien et du mal, donnant directement le ton sombre et travaillé caractéristique de ce type de production outre-Atlantique, remaniée à la sauce européenne. Ces premières minutes passées, c’est au coeur de la forêt ardennaise, et de la scierie, que se passera l’ensemble de l’intrigue. Un paysage utilisé avec talent par le réalisateur, et filmé par le flamand Brecht Goyvaerts aussi à l’aise entre les troncs des sapins que dans les espaces tortueux de l’intérieur de l’usine. Non sans malice, et avec une fascination presque documentaire, le film prend le temps de nous présenter chacune des machines de la scierie, chacun des mécanismes permettant à l’homme de travailler la matière. Des machines qui, lorsque la scierie deviendra théâtre du face-à-face, seront autant d’outils de défense pour Saïd.

Par ces séquences, Julien Leclercq et son équipe donnent au film une sensorialité, une proximité de la caméra avec les mains, avec les expériences des protagonistes. Une matérialité qui gagnera tout son sens lorsque l’action prendra le dessus et lorsque le sang s’ajoutera à la terre.

Cet aspect charnel, viscéral, on le retrouve également dans l’ambiance sonore, au plus proche de la nature et des rouages de l’usine. Le jeu sur le son, sur l’ouïe, prend une dimension dramatique supplémentaire avec la perte de l’appareil auditif de Sarah. Face à l’ennemi qu’elle ne peut comprendre, la tension est accentuée par l’impossibilité pour le spectateur de déchiffrer l’action, alors qu’on se retrouve plongé, sans défense, dans le point de vue du personnage, jusqu’à la résolution explosive de la scène.

Convoquant de nombreuses références américaines d’action, LA TERRE ET LE SANG puise aussi sans vergogne dans la mythologie du Western, pour le bon plaisir des spectateurs avisés. Les « cowboys » modernes que sont les personnages de Saïd (Sami Boualija) et Adama (Ériq Ebouaney) nous rappellent aisément deux pistoleros de Sergio Leone, tandis que l’attente et la tension qui s’installent avant l’arrivée des gangsters clignent de l’oeil à des classiques du genre comme LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS. Le pas lent, le verbe rare, les deux forces tranquilles échangent les regards et les coups de fusil jusqu’à ce que mort s’ensuive. Un trépas brutal, en phase avec le cinéma d’action contemporain presque Tarantinesque dans les dernières séquences du film, à l’image de ce plan de fuite de Sarah. Un hommage direct à INGLORIOUS BASTERDS et autres pépites sanguinolentes de la filmographie du réalisateur.

Piloté par cette kyrielle de références, LA TERRE ET LE SANG réussit à nous emporter le temps d’une heure vingt dans son univers. Sans s’égarer plus que de raison, sans révolutionner le genre, mais en offrant un bon moment à tous les amateurs de ce type de cinéma, trop rare dans nos cinématographies.

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A propos de l'auteur

Après avoir étudié le cinéma, son passé, son présent et son futur, écrit désormais pour partager cette passion du Septième Art. En attendant, dévore bouquins, séries, docus, court et long-métrages entre autres, et en parle sur la toile et ailleurs dès qu'il trouve les mots.