Equipe:
Durée: 108‘
Genre:
Date de sortie: 28/09/2004
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

L'entre deux guerre, quelque part dans le nord de la France.
Elisa est la femme de Gilles.
Ils ont deux enfants. Le troisième est en route. Il est métallurgiste, sérieux, prévenant, sans histoire. Elle est mère au foyer, discrète, prévenante, ravie de son histoire sans histoire.
Il y a aussi Victorine. La soeur de'Elisa. Elle va faire tourner la tête de Gilles. A la folie.La femme de Gilles n'est pas dupe. Elle décide de résister, de garder son mari, de préserver sa vie sans histoire. Mais plutôt que de le faire par le biais de l'affrontement, elle choisit la passivité, apparente, la compréhension, l'effacement, confiante qu'elle est dans sa capacité à aimer quel qu'en soit le prix.

Notre critique:

Avec LA FEMME DE GILLES, Frédéric Fonteyne (UNE LIAISON PORNOGRAPHIQUE) nous donne à voir une histoire d’amour qui ne facilite pas la vie du spectateur.
Victime d’un mari pris d’un coup de folie amoureuse pour une autre femme, Elisa n’oppose à l’adultère de son homme que mutisme, patience et même une compassion quasi surhumaine.
On est loin de la réaction épidermique classique (et bien compréhensible) de la femme trahie, bafouée dans son orgueil, bien décidée à en faire baver celui qui la veille encore était l’objet de ses ferventes attentions. C’est que toute tromperie découverte touche à l’ego du trompé. Or, d’ego, a priori on n’en voit pas l’ombre chez Elisa. Et donc, plutôt que de s’installer dans le conflit cathartique, elle va user d’autres armes pour conserver la présence de son homme et tenter de retrouver son amour.
Sur ce postulat, proche de l’exercice de style (démarche que semble affectionner le réalisateur puisque c’était aussi sur un postulat particulier – celui d’une rencontre basée sur un fantasme d’ordre purement sexuel – que fonctionnait LIAISON…), Frédéric Fonteyne développe un film de pur cinéma dans lequel la mise en scène, la lumière, la bande-son et le jeu des comédiens sont les principaux éléments qui nous feront croire et accepter l’incroyable attitude d’Elisa face à l’infidélité de son mari.
Optant pour un dialogue réduit au minimum (tout le contraire d’UNE LIAISON…; il serait d’ailleurs intéressant d’analyser jusqu’à quel point LA FEMME DE GILLES est le film en creux d’UNE LIAISON PORNOGRAPHIQUE), le réalisateur se concentre sur les attitudes et les atmosphères. Les doutes d’Elisa ne sont exprimés que par quelques coup d’oeil inquiets d’Emmanuelle Devos. Les espoirs d’Elisa ne sont évoqués que par quelques sourires. L’immense tristesse d’Elisa n’apparaît que par une nuque qui soudain ploie sous le poid d’une tâche dont elle ignore l’aboutissement.
Pour peu que l’on accepte l’idée qu’une réaction telle que celle d’Elisa existe, et c’est le cas puisqu’elle nous est montrée dans le film, on ne peut qu’être submergé par le dispositif narratif du réalisateur et se sentir profondément bouleversé par cette histoire d’amour absolu qui nous laisse à la fois subjugué et dubitatif.
Une chose est sûre, c’est que Frédéric Fonteyne est un grand réalisateur.

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Journaliste