Equipe:
Durée: 135‘
Genre:
Date de sortie: 02/10/2001
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Premiers jours d’août 1914, sur le quai d’une gare au milieu de la foule et des soldats qui partent au front «la fleur au fusil», Adrien vaillant et beau lieutenant rencontre une jeune et belle inconnue qui s’offre à lui une dernière nuit avant qu’il n’aille au combat. Lors de sa première mission de reconnaissance, un obus le cueille et lui défigure la moitié du visage. La mâchoire en bouillie, le palais arraché, il ne peut plus parler que par grognements. Pour lui, si la guerre est terminée, c’est une autre bataille qui commence, enfermé dans la «chambre des officiers» de l’hôpital militaire du Val de Grâce. Ne pouvant s’exprimer qu’en écrivant sur une ardoise et alimenté avec un tuyau, c’est dans cette pièce débarrassée de ses miroirs que durant près de 5 ans, Adrien va devoir apprendre à se reconstruire une identité physique et morale. Lentement et douloureusement, entouré d’une infirmière qui ose le regarder sans détourner le yeux et d’un chirurgien à qui il servira de cobaye pour le rafistoler mais aussi aidé par ses compagnons de chambrée aussi amochés que lui, Adrien va se battre pour revivre et oser affronter le regard des autres.

Notre critique:

C’est un pari osé pour ne pas dire casse-gueule que de vouloir adapter au cinéma le best-seller éponyme de Marc Dugain. Inspiré de l’histoire forte et vraie de son grand-père, ce roman qui ressuscite le destin et la dignité de ces « gueules cassées » de la Grande Guerre est un quasi huis clos qui de prime abord n’a rien de montrable ni d’attrayant à l’écran. Ici pas de fresque historique ou de grandes reconstitutions. Si le conflit est évoqué en toile de fond, le véritable champ de bataille se réduit à un dortoir d’hôpital où la tentation est grande de sombrer dans le pathos et le chantage émotionnel. Avec un héros mutilé, un décor « cour des miracles » rempli de Quasimodo écorchés vifs, François Dupeyron s’aventure sur le chemin extrêmement glissant et délicat du film « à monstres » où il est difficile de laisser une trace après l’excellent JOHNNY GOT HIS GUN de Dalton Trumbo ou l’incontournable ELEPHANT MAN de David Lynch. Dans la première demi-heure, il emprunte d’ailleurs le style narratif du premier en choisissant de ne pas montrer le visage de son personnage et de le faire exister à travers ses mains, ses bruits et une voix off qui exprime ses pensées. Si le procédé n’est pas novateur, il a le mérite de ne pas faire tomber son sujet dans les pièges de la surenchère et de l’horreur. Par petites touches et avec beaucoup de pudeur il nous force à faire travailler nos neurones et notre imaginaire, et lorsque enfin l’immontrable s’offre à nos yeux, la monstruosité et la répulsion ont laissé place à de l’attachement et de la compassion dans nos petites têtes. Intense et chargé d’émotion, au delà de la dénonciation et de l’absurdité de la guerre, ce film est aussi une belle leçon de courage, d’humanisme et d’optimisme.

Durant ces 1640 jours passés dans sa chambre d’hôpital, Adrien (impeccable Eric Caravaca que François Dupeyron avait révélé dans C’EST QUOI LA VIE) va livrer un véritable combat à la vie. Histoire universelle de la renaissance physique et morale d’un homme après un accident, LA CHAMBRE DES OFFICIERS face à la souffrance et au désespoir, préfère aux bavardages, les silences et les regards qui en disent long mais aussi l’humour et les sarcasmes amicaux comme antidote à la peur et à la honte. Pourtant ce film présenté en compétition officielle au dernier festival de Cannes, a plutôt été boudé et oublié. A tel point qu’à l’issue de sa projection son réalisateur à décidé de l’écourter et d’en modifier la fin. Jugé par certains trop académique et simpliste, il est vrai qu’il n’échappe pas à quelques maladresses naïves et romanesques et à quelques séquences annoncées. En optant pour une image léchée et une mise en scène sobre sans grande audace, François Dupeyron ne signe peut-être pas un film bouleversant comme il était attendu mais ses acteurs formidables et touchants et le sourire amoché et poignant de son héros méritent grandement notre regard.

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Journaliste

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