Equipe:
Durée: 140‘
Genre:
Date de sortie: 04/11/1997
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Los Angeles pendant les années cinquante. Ville de lumières et de paillettes transportée par le succès de Hollywood et de la télévision. Mais aussi ville obscure, pourrie par le crime, la prostitution, le chantage et la corruption. Alors que le célèbre gangster Mickey Cohen a été jeté en prison, une lutte féroce s'engage pour reprendre en main son empire de la pègre. Trois policiers aux méthodes radicalement opposées plongent dans la tourmente de cette guerre impitoyable.

Notre critique:

Les romans de James Ellroy ont toujours été réputés inadaptables (1). Tant par la densité de leur histoire que par une noirceur infinie qui s’accomode mal du côté édulcoré des productions hollywoodiennes actuelles. Lorsqu’on a entendu parler de l’adaptation de L.A. CONFIDENTIAL par un Curtis Hanson à la filmographie douteuse (THE RIVER WILD – beuark), on a eu peur. A tort. Car le roman est là, recréé en images, dans toute sa violence et son extrémité. Et si elle n’atteint pas totalement la noirceur désespérée du texte original, c’est plus dû à une conception romantique du réalisateur qu’à une quelconque concession commerciale. James Ellroy lui-même a beaucoup apprécié le résultat. C’est dire.

En plus du destin de ses 6 personnages principaux, L. A. CONFIDENTIAL dépeint le Los Angeles d’après-guerre dans ses beautés comme dans ses horreurs. C’est toute une époque qui prend vie à l’écran, dans ses dimensions historique, sociale, culturelle. Le film donne le vertige, tant la matière brassée est vaste. Et on ne peut que féliciter Curtis Hanson qui a su la concentrer pour la rendre assimilable tout en lui gardant sa dimension cosmique.

Curtis Hanson avait séduit en son temps avec l’excellent BAD INFLUENCE (1990). Puis il avait déçu avec THE HAND THAT ROCKS THE CRADLE (1991), bien fait, mais trop facile. Enfin, il avait affligé la planète avec le très tartignole RIVER WILD (1994), où son savoir-faire technique masquait mal le n’importe quoi du scénario. Aujourd’hui, ses interviews nous révèlent un homme à des kilomètres du « bon faiseur » que l’on pensait. Il est cinéphile, cultivé. Il adore le cinéma européen et a de grosses réserves vis à vis de l’usine hollywoodienne. On imagine qu’il a du mettre son talent en veilleuse lorsqu’il n’était que prestataire de service sur ces machins commerciaux qui lui ont donné une réputation si peu flatteuse. Enfin, on redécouvre un artiste.

Il est trop rare de voir une production hollywoodienne dont la qualité ne vient pas de la manière dont elle se singularise d’un genre commercial (façon The Lost World qui est bon parce qu’il n’est pas le bête film de monstres auquel on s’attend). La qualité de L. A. CONFIDENTIAL est intrinsèque, pure, brute, immédiate. Si bien que le film trouve aisément sa place aux côtés de THE BIG SLEEP (Howard Hawks, 1946) ou de CHINATOWN (Roman Polanski, 1974), grands classiques du film noir dont il partage d’ores et déjà l’étoffe.

(1) La première tentative, COP (1988) avec James Woods, adapté de LUNE SANGLANTE par James B. Harris n’a pas été une franche réussite. Ellroy lui-même l’avait détestée. (revenons à nos oignons)