Equipe: Joaquin Phoenix, Marc Maron, Robert De Niro, Scott Silver, Todd Phillips
Durée: 122‘
Genre: Drame policier
Date de sortie: 09/10/2019
Cotation: **** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Joker est l'histoire d’un homme qui a du mal à se frayer un chemin dans la société déchirée de Gotham. Clown de location le jour, il aspire à être un comique de stand-up la nuit... mais trouve que la blague semble toujours être à son propos. Pris dans une existence cyclique entre apathie et cruauté, Arthur prend une mauvaise décision qui entraîne une réaction en chaîne...

Notre critique:

Le voici enfin, le tant attendu JOKER de Todd Phillips. On en parle depuis des mois, dès qu’on a su que Joaquin Phoenix allait incarner le clown au large sourire. Depuis, photos et vidéos de tournage ont été partagées en masse sur les réseaux sociaux, créant un engouement général. Les attentes étaient déjà élevées mais, alors qu’on s’attendait le voir être présenté hors-compétition, le directeur de la Mostra a surpris tout le monde quand il l’a annoncé en compétition. Le film serait encore meilleur qu’espéré? A la projection de ce matin à la Mostra de Venise, l’enthousiasme était palpable. Les gens faisaient la file depuis plus tôt qu’à l’accoutumée et nombreux sont les festivaliers n’ayant pu accéder à la projection. Après un quart d’heure de retard qui n’a fait qu’exciter un peu plus les nerfs des gens, nous avons enfin pu découvrir cette oeuvre.

JOKER est une « origin story ». Elle raconte comment le pauvre Arthur, surnommé Happy par sa mère, va devenir l’un des plus célèbres ennemis de Batman. Cependant, ici, il n’est jamais question du chevalier noir, l’histoire se déroule quand Bruce Wayne n’est encore qu’un enfant. Arthur est un homme qui a des problèmes psychiatriques. Parfois, il déclenche un rire qu’il ne peut contrôler. Cela pose quelques problèmes en société et lui a valu quelques fois d’être tabassé. Il travaille comme clown mais sa condition fait qu’il est inadapté à la société. JOKER est donc la traversée du désert d’Arthur. Ses relations avec sa mère et ses collègues sont compliquées, son avenir est incertain. Il rêve de devenir comédien et faire du stand up mais son décalage avec la société rend cela, si pas impossible, très difficile.

La condition d’Arthur sert évidemment de plateforme pour parler des maladies mentales. Le système est inadapté pour ces gens et pire, ce qui ne fait rien pour améliorer la situation, se complique en supprimant des services d’aide. Arthur est donc complètement tourmenté, perdu et, pour se retrouver, il va devoir passer par une épreuve qui va le transformer à jamais. En plus de cela, la ville est en train de vivre un tournant. Des révoltes ont lieu dans Gotham, et, petit à petit, elle tente de reprendre le pouvoir, au moment où Thomas Wayne, père de Bruce, se présente à la mairie. Lentement mais sûrement, Arthur va trouver se qu’il pense être sa voie et sa place dans le monde. Enfin il sera remarqué…

Ce qui est surprenant, c’est qu’il s’agit totalement d’un drame. Un drame dur, rude, âpre, dans un environnement poisseux. Un environnement qui n’aide pas Arthur à s’adapter.  Todd Phillips prend son temps pour présenter les personnages, les lieux, les situations. Il en fait une oeuvre plus proche du cinéma d’auteur que ce que l’on pourrait penser. Malgré tout, Phillips parvient à insuffler une mise en scène très stylisée, colorée et sombre en même temps, énergique, intense et, paradoxalement, oppressante. Bien que le film soit très sombre, il tend vers la lumière via -notamment- beaucoup de touches d’humour. Ce dernier aspect est l’oeuvre d’Hildur Guðnadóttir, ancienne assistante de Johann Johannsson qui s’est faite remarquée l’an dernier pour sa bande originale composée pour SICARIO 2 : DAY OF THE SOLDADO (Johannsson avait composée celle du premier NDLR). Sa partition musicale est contrastée et confère à l’atmosphère du film ce côté oppressant et remplit parfaitement son rôle.

En parlant de rôle, il est grand temps d’évoquer l’incroyable Joaquin Phoenix. Une fois encore, il est absolument sensationnel et, après Cannes, un prix d’interprétation ne serait à nouveau pas volé. En tout cas, il se place dès à présent en tête pour la course aux Oscars, qu’on se le dise. Il est de tous les plans, toutes les scènes et a donc toute la lumière sur lui. Il incarne le Joker comme on ne l’a jamais vu auparavant. Cela passe évidemment par son attitude mais aussi par … son rire! Ce rire irritant sera définitivement associée à cette prestation impressionnante de ce personnage mythique. Il fait plus qu’honneur à ses prédécesseurs Jack Nicholson, Heath Ledger et même Jared Leto. Il livre tout simplement une prestation sans égal. Le fait d’être de tous les plans ne l’empêche pas d’avoir quelques partenaires de choix comme Zazie Beetz, vue hier à la Mostra dans SEBERG et, la légende Robert De Niro. Ce dernier incarne un animateur télé populaire qui est une star aux yeux d’Arthur. De Niro fait également le lien avec LA VALSE DES PANTINS, film avec lequel JOKER a quelques similitudes.

La classification du film est un sujet qui, un temps, a fait débat. Il est finalement classé R aux Etats-Unis, ce qui signifie qu’il y a de la violence. En effet, il y en a. Peu, mais elle est présente. Le fait qu’il y en ait peu la rend d’ailleurs significative et forte car elle est très importante dans le processus violent dans lequel Arthur s’égare. Ces choix sont évidemment judicieux car il apparait clairement que le film n’aurait pas cette force si la violence avait été banalisée, voire éludée.

Au final, JOKER est plus que la réussite annoncée ou, en tout cas, espérée. Todd Phillips signe ici son meilleur film, Joaquin Phoenix l’un de ses meilleurs rôles, De Niro l’un de ses meilleurs rôles depuis longtemps (petit certes, mais il est tellement sur la pente descendante depuis un moment que ça fait plaisir de le voir aussi bon). L’atmosphère, l’ambiance musicale, la photographie, les choix graphiques et les couleurs forment un cocktail qui ne demande qu’à exploser dans sa phase finale.

C’est une excellente surprise car on n’attendait pas le film à ce niveau. On en redemande !

Un petit podcast sur le film, ça vous dirait? Alors c’est par là:

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.