Equipe: Albert Dupontel, Gaspar Noé, Monica Bellucci, Vincent Cassel
Durée: 95‘
Genre: Drame
Date de sortie: 04/06/2002
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

IRREVERSIBLE. Parce que le temps détruit tout. Parce que certains actes sont irréparables. Parce que l'homme est un animal. Parce que le désir de vengeance est une pulsion naturelle. Parce que la plupart des crimes restent impunis. Parce que la perte de l'être aimé détruit comme la foudre. Parce que l'amour est une source de vie. Parce que les prémonitions ne changent pas le cours des choses. Parce que le temps révèle tout. Le pire et le meilleur.

Notre critique:

Gaspar Noé est un trublion, un remueur de sentiments, un agitateur qui écrit ses histoires avec du sperme et du sang. Bousculant ses spectateurs, il fait fi de toute règle, imposant les siennes au détriment du bien-être. Cette farouche volonté de provocation fait bien évidemment naître des réactions aussi bien positives que négatives…

IRREVERSIBLE est l’histoire d’une vengeance presque programmée et d’un viol electro-choquant, deux pics de violence brutaux et sans concession! Mais IRREVERSIBLE, ce n’est pas que cela! Loin d’un spectacle de voyeur glauque et outre la puissance formelle de l’ouvrage tout comme l’incroyable beauté de sa photographie, cette chronique fiction, qui tient énormément de la tranche de vie, s’organise autour d’une narration inversée savamment étudiée. Cette structure permet de démentir les accusations portées au cinéaste. En découvrant les effets avant les causes, le spectateur peut laisser sortir des sentiments purs, nullement influencés par quelque élément (que l’on connaîtra par après, puisqu’on reconstruit le temps). Ainsi on condamne la violence, alors que l’on pourrait (peut-être) la comprendre si on détenait toutes les phases par lesquelles sont passés les personnages. Ainsi le viol est totalement abject avant que l’on découvre une superbe Monica se déhanchant en cadence sur des rythmes chauds. En assénant d’abord le résultat (la vengeance, le viol!), Noé, même s’il ne pose pas de jugement sur ses personnages, laisse le spectateur se mettre à nu face à de terribles situations.

De même, de la douleur, il tente de faire naître l’espoir avec une fin (le début) plus aérée et légère. En remontant le fil, il reconstruit un passé, une délicieuse intimité entre nous et les trois principaux protagonistes. Dupontel, Cassel et Bellucci forment un beau trio, cassant les barrières du jeu pour se laisser aller dans quelques séances d’impros fort bien construites. Ils y sont tous les trois formidables !

Retour donc, sur notre Gaspar de Noé! S’il réussit son enchaînement de plans-séquences (avec l’aide du gommage digital) et sa progression imagée somptueuse (de la caméra aérienne en état second au plan fixe), il se prend le pied dans son propos et surtout dans sa démonstration. Les concordances entre ses désirs (voir résumé) et son résultat nous laissent un peu sur le carreau. Et d’apparaître une certaine gratuité de l’histoire mais surtout une absence pure de scénario. Chez Noé, l’étincelant flirte souvent avec l’indigent. IRREVERSIBLE est de nouveau une oeuvre qui a les défauts de ses qualités. Mais il est très clair, qu’elle ne doit pas être mise devant les yeux de tout un chacun et qu’elle déclenchera de vives polémiques, ravivera les débats et poussera des gens hors de salles…

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A propos de l'auteur

Journaliste