Equipe:
Durée: 89‘
Genre: Drame
Date de sortie: 25/11/2003
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Deux jeunes Afghans, Jamal et son cousin Enayatullah, vivent au Pakistan, dans la ville de Peshawar, à la frontière Afghane. Jamal, orphelin, gagne un maigre salaire dans une briqueterie et vit dans l'immense camp de réfugiés de Shamshatoo. Son cousin travaille sur un marché. La famille de Enayatullah décide d’envoyer celui-ci en Angleterre pour y construire une vie meilleure. Jamal convainc la famille qu’il doit y aller aussi. Comme un million d’autres chaque année, le sort des jeunes garçons va dépendre entièrement de passeurs de frontières...

Notre critique:

Avec ce film, Michael Winterbottom renoue d’une certaine façon avec un film comme WELCOME TO SARAJEVO. Entre la fiction et le documentaire (la voix off du narrateur renforce cette dualité), il s’attaque à un sujet de société comme il les aime: l’immigration clandestine en Europe.

Pour renforcer cet aspect documentaire, Winterbottom propose des images souvent filmées à l’épaule, sans fioritures, mais non dénuées d’une certaine beauté (comme dans les scènes de nuit par exemple). Le choix de suivre un enfant dans son périple relève aussi d’une approche originale donnant à IN THIS WORLD une teinte particulière et facilitant clairement aussi une empathie du spectateur envers une histoire difficile. S’attacher aux pas d’un enfant, surtout dans un monde où ils sont souvent plus adultes que les adultes eux-mêmes, est la garantie d’avoir un regard différent sur ce récit en forme de road-movie.

Depuis le Pakistan, en passant par l’Iran, la Turquie, l’Italie, la France et l’Angleterre, le réalisateur nous propose un patchwork de cultures, une véritable tour de Babel où l’absence de connaissance des différentes langues génère des situations à la fois cocasses et tragiques. Ce déplacement permanent et cet isolement linguistique renforcent le climat d’insécurité que tout immigrant clandestin apprend vite à connaître.

Si le côté ‘reportage’ ne laisse pas beaucoup de place à la prise de position, Michael Winterbottom se charge par petites touches de nous rappeler certains principes sociaux élémentaires: le football est ainsi montré à plusieurs reprises comme le sport qui rassemble, au-delà des ethnies et des difficultés liées à une certaine incompréhension.
Mais le clin d’oeil final est sans doute le plus frappant: lorsque Jamal est en train d’affronter la grisaille et la saleté du monde dit moderne à Londres et que la caméra du réalisateur britannique s’attarde sur le village du Pakistan d’où vient Jamal et où resplendissent le soleil, le sourire des enfants et les vêtements chatoyants, on a sans nul doute son message le plus clair. Jamal devait-il immigrer? Etait-ce cela qu’il cherchait en venant à Londres? D’aucuns trouveront le message simple, voire simpliste, d’autres verront sans doute dans celui-ci un message philosophique évident: contentons-nous de ce que nous avons et ne rêvons pas trop aux lendemains qui chantent…

A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...