Equipe:
Durée: 117‘
Genre:
Date de sortie: 16/12/2003
Cotation: o (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Professeur de lettres new-yorkaise, Frannie vit seule. Bien qu'étudiant l'argot et les romans policiers, elle s'est toujours tenue loin de l'aspect glauque de la ville.Un soir, dans un bar, elle est le témoin d'une scène intime entre un homme et une femme. Fascinée par l'intensité de leur passion, elle n'a que le temps de remarquer le tatouage de l'homme et la chaleur de son regard. Le lendemain, elle apprend qu'un meurtre a été commis tout près de chez elle...

Notre critique:

En adaptant le roman homonyme de Susanna Moore (en sa compagnie), Jane Campion se glisse dans le film de genre, en l’occurrence le thriller psychologique, pour étudier la sexualité des années 2000 ou le retour d’un certain puritanisme. Estampillé films des seventies avec ses références appuyées et proclamées à KLUTE et à TAXI DRIVER, IN THE CUT (qu’on pourrait traduire par dans la fente en regard de l’ouvrage) est une fiction ampoulée et lourdaude. La réalisatrice néo-zélandaise n’arrive jamais à faire décoller un thriller où l’intrigue respecte scrupuleusement les carcans du genre. Quand au contenu psychologique, il est boiteux à souhait…

Cet itinéraire d’une trentenaire croyant toujours à l’amour conte de fée qui craque physiquement pour un beau mâle ténébreux tient de l’ALICE AU PAYS DES MERVEILLES sexuelles. Frannie, cette femme qui ne s’assume pas, errant dans la mythologie de l’amour au goût grenadine se prend un sérieux retour dans les dents en cédant à sa libido. Ici, la honte du désir consommé mène vite à la parano, et la culpabilité naissante à la rédemption… après l’affrontement. Pointant les pulsions intérieures comme le démon ultime qui déchaînera les saintes colères, Campion rate son analyse du désir au féminin, ou son étude sociologico-foireuse du fonctionnement homme/femme. Elle ne fournit que les questions et aucune réponse, cloisonnant ses personnages dans un mutisme qui en dit long sur sa prétention (je n’explique rien, démerdez vous!). Dommage que la réalisatrice passée maîtresse dans l’art de la suggestion érotique cède à la scène de fellation explicite et à une autre de couchage (ou Meg Ryan s’évertue, en vain, de se faire pardonner de tous les SLEEPLESS IN SEATTLE et YOU’VE GOT MAIL qu’elle nous a fait subir en s’offrant nue à la caméra). Campion s’inscrit déjà comme celle qui aura dévergondé, à l’écran, un des plus belles cruches qu’Hollywood nous ait offertes. Il est clair que l’on sent directement la présence d’un auteur derrière l’objectif. Mise en image secouée, à l’affût d’infos, travail incessant sur la mise au point, photo aiguisée et chaude de Dion Beebe, tout est fait pour que l’on sente la sueur, le gros œuvre caché derrière cette fiction maladroite.

En présentant l’aventure sexuelle comme un acte de bravoure en soi et fort peu recommandable (certes le danger est excitant mais faites attention à vos fesses!) et en masquant ses personnages derrière des tonnes de non-dits, Jane Campion rate totalement son passage dans le thriller.. D’accord sur le fait que le plus important est toujours ce qui se cache sous la surface immaculée d’une bonne couche de glace mais pour qu’on y accède, il faut nous filer un burin et un marteau et pas nous laisser comme des ronds de flan gélatineux en mal d’infos… Un rendez-vous manqué en somme !

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Journaliste