Equipe:
Genre:
Date de sortie: 22/09/1998
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

I WANT YOU se déroule là-bas, sous ces cieux chargés d'orage. L'action se déroule dans la ville côtière de Haven. Martin sort de prison. Il veut retrouver Helen. Pour faire l'amour avec elle, il est prêt à tout.

Notre critique:

Un film de Michael Winterbottom, c’est toujours une expérience visuelle et émotionnelle passionnante, mais traumatisante. I WANT YOU, son cinquième film, ne déroge pas à ce principe. Il signe une nouvelle oeuvre noire et sans concession. Maintenant, le doute n’est plus permis: si l’enfer existait, il serait filmé par Winterbottom…

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Avec I WANT YOU, Winterbottom renoue avec le thriller, genre qui l’a fait connaître en 1995, grâce à BUTTERFLY KISS. C’était son premier film, un road-movie déjanté, mené tambour battant par une Amanda Plumer serial-killer lesbienne au torse rempli de piercings. Déjà à cette époque, Winterbottom jetait sans fioritures les bases de son univers: sexe, perversion et violence. Sa vision du monde est sombre. Nous vivons sur une terre ravagée, habitée par des êtres dépravés en proie aux pulsions les plus atroces. Nous ne sommes que des pantins fragiles entre les doigts d’un destin ingrat et sans pitié.

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L’univers que dépeint Winterbottom est peuplé de faux-semblants. Il nous entraîne presque de force à la découverte de la face cachée de Haven et de ses habitants. Nous voilà embarqué dans un voyage initiatique où le voyeurisme est roi. I WANT YOU s’articule sur une trame de thriller, mais Winterbottom s’en sert comme prétexte pour nous dévoiler ses fantasmes et ses angoisses.

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Dans Welcome To Sarajevo, le cinéaste anglais mélangeait des extraits de documentaires et des scènes reconstituées. Il adore manipuler la matière filmique et la plier à son propos. Ici, il déforme l’image, utilisant des lentilles et des filtres de couleur. Il la torture pour se rapprocher au plus près des états d’âme de ses personnages. Certains plans sont maladifs, glauques, presque nauséeux. D’autres sont aériens et poétiques. Par beaucoup d’aspects, I WANT YOU ressemble au HAPPY TOGETHER de Wong Kar-Wai. Les deux hommes font preuve d’autant de créativité, et recherchent tous deux à extérioriser les tourments intérieurs qui hantent l’esprit humain.

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Certains reprocheront peut-être le fil conducteur trop mince de I WANT YOU. C’est vrai, l’histoire est éculée, mais quand elle est bien racontée… D’autres ergoteront sur la forme, proportionnellement trop sophistiquée. C’est vrai, elle est inhabituelle et déstabilisante. Mais le cinéma a besoin de chercheurs comme Winterbottom. Et leurs découvertes sont, à chaque fois, de véritables trésors pour les amateurs.

A propos de l'auteur

Journaliste