Titre français: Late Marriage

Equipe:
Durée: 100‘
Genre:
Date de sortie: 13/08/2002
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

32 ans, un diplôme de philosophie en cours, un appartement flambant neuf payé par ses parents avec en bonus une chaîne hi-fi et un écran de télé ultra plat, Zaza beau gaillard au regard azur ne peut être que le gendre idéal. Du moins c'est ce que pense Yasha son père et Lily sa mère qui le considèrent comme la huitième merveille du monde et désespèrent de voir leur rejeton encore célibataire et leur descendance toujours pas assurée. Comme le veut la tradition juive géorgienne, la future épouse se devant d'être de la communauté, belle, vierge, bien élevée et de préférence riche, toute la famille se mobilise pour multiplier les rencontres et les rendez-vous avec de potentielles candidates. Bien que pied au mur et n'ayant guère le choix, Zaza fait traîner les réjouissances et se débrouille toujours pour échapper à des fiançailles en bonne et due forme. Car ce que ces parents ignorent, c'est qu'il est déjà amoureux, oui mais voilà l'heureuse élue cumule les désavantages: Plus vieille que lui, divorcée avec une petite fille, sans un sou et d'origine marocaine, Judith ne correspond pas aux critères du clan et doit rester cachée.

Notre critique:

Traité du côté de l’Oncle Sam ce genre de sujet aurait pu faire une gentille comédie estivale avec son lot de gags patauds et vaudevillesques agrémentés d’une bonne dose de guimauve prête à dégouliner sur une happy end bien sirupeuse. Mais cette histoire d’amour contrariée a préféré prendre une direction plus chaotique et son réalisateur israélien nous planter un décor nettement moins idyllique au beau milieu des traditions de la communauté séfarade de son pays et des coutumes matrimoniales des siens. Pour son premier long métrage, Dover Kosashvili avec intelligence et malice, lève un petit bout du voile qui recouvre ses origines et flotte sur une partie de la société israélienne corsetée entre Orient et Occident, modernité et folklore, laïcité et religiosité.

Tantôt loufoque, tantôt absurde mais aussi souvent dramatique et cruel, ce film nous offre une vision crue et parfois dérangeante du poids des traditions et de l’hypocrisie que peut entretenir une société fondée sur des principes fanatiques et archaïques. Sans jamais tomber dans la caricature et le pathos appuyé pourtant bien tentants, se gardant de porter un quelconque jugement sur chacun de ses personnages, le jeune réalisateur ose une satire religieusement incorrecte à ses congénères. Entre audace et insolence, filmant le tout avec une économie de moyens, il n’hésite pas à confier le rôle de la mère de son personnage à sa propre mère et enfermer toute cette oppressante petite famille dans les décors les plus kitch et les plus laids comme pour mieux souligner leur manque de mouvement et de liberté.

Atypique et attachant mais aussi parfois pesant et étouffant (comme cette scène de sexe de plus de 12 minutes soulignant la douleur et l’extrême solitude de ces deux amants maudits), ce MARIAGE TARDIF, sous ses allures de pied de nez ne se célèbre pas à la légère tant il est ici question de vie ou de mort sociale. Et l’on se dit qu’ici, mais aussi malheureusement encore ailleurs, se passer la corde au cou prend décidément tout son sens.

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