Equipe:
Durée: 117‘
Genre:
Date de sortie: 30/12/2000
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Ça commence comme dans une classique chronique de moeurs à la française, une famille banale, papa, maman et leurs trois gamines, dans leur vieux break, lancés sur l'autoroute des vacances, direction la maison de campagne à retaper dans le Cantal. C'est l'été, il fait chaud, les enfants braillent et les parents sont au bord de la crise de nerfs. Et puis au hasard d'une pause pipi sur une aire de repos, Harry (Sergi Lopez) va débarquer dans la vie de Michel (Laurent Lucas), Claire (Mathilde Seigner) et de leur tribu. Mais qui est Harry?
Un ancien camarade de classe dont Michel se souvient à peine, mais Harry lui se rappelle de tout sur Michel: ses amours, ses velléités littéraires, il connaît même par coeur ses poèmes écrits à l'époque dans la feuille de choux du collège. Un rien obséquieux et plutôt collant, il ne va pas tarder imposer sa présence ainsi que celle de sa pulpeuse fiancée dénommée Prune (Sophie Guillemin), sous prétexte qu'il veut du bien à Michel. C'est même une obsession chez Harry, il est prêt à tout pour épanouir Michel, faire son bonheur et révéler son talent littéraire étouffé. Pour ça, il a une logique implacable: il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions.

Notre critique:

Bon, l’argument initial n’est pas nouveau, le coup de l’intrusion d’un personnage ambigu qui vient perturber la vie tranquille de gens sans histoires a déjà inspiré maints cinéastes allant du pire vers le meilleur. Mais à ce petit jeu là, Dominik Moll, dont c’est le 2ème long métrage, va faire prendre à sa comédie légère un virage à 180° et glisser dans une dimension frapadingue teintée d’humour noir et grinçant qui n’est pas sans évoquer l’univers de Chabrol (LA CEREMONIE) ou encore Michael Haneke dans FUNNY GAMES. Dominik Moll avoue que l’idée de base lui est venue d’un souvenir de départ en vacances avec sa copine et ses deux filles, le personnage d’Harry, lui, est né du concept de double (un Harry sommeille en chacun de nous?) permettant d’extérioriser les pulsions et les frustrations de chacun.
On se doute bien dès le début que derrière la bonhomie de celui-ci se cache autre chose. Qui est-il? D’où vient-il? Que veut-il? Les questions se posent sans réponses et c’est tant mieux, l’imagination de chacun pouvant foisonner à loisir.
On assiste à une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde au pays du cantal, où le suspense ne réside pas dans l’horreur qui arrive mais plutôt jusqu’où les personnages accepteront leur longue descente dans l’abjection.

Dominik Moll prend un malin plaisir à jouer avec nos nerfs, se servant de l’étude des rapports humains pour mieux en révéler les hors champs inavouables. Au sensationnalisme racoleur et à l’horreur hémoglobineuse, il préfère utiliser une mise en scène et des cadrages dépouillés et accentuer la durée des scènes. Et c’est vrai que cela peut soit énormément séduire, soit passablement agacer. Et puisque que l’on en est à l’heure des reproches, on peut peut-être aussi regretter une fin de film un peu expédiée.
Mais bon, vous l’aurez compris: HARRY UN AMI QUI VOUS VEUT DU BIEN est un film sans concessions qui bouscule les conventions. Alors, maintenant que vous en connaissez les règles et si, accessoirement, vous souhaitez connaître les bienfaits des oeufs crus sur la virilité, rendez visite à l’ami Harry, mais gaffe…

A propos de l'auteur

Journaliste

Journaliste