Equipe:
Durée: 101‘
Genre:
Date de sortie: 13/01/1998
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Encore un film indépendant américain! Au menu cette fois, la rencontre fortuite entre un vieux gourou des jeux de casino, Sidney, et un jeune gars sur la paille, John. Pour sortir John du caniveau, Sidney le prend sous sa coupe et lui apprend les ficelles du métier. Quelques années plus tard, les deux hommes sont toujours amis. Mais John s'est entouré de personnes peu recommandables. Il se croit invincible. Il veut voler de ses propres ailes... Mais lorsqu'il fait une grosse connerie, il appelle aussitôt Sidney à la rescousse. En l'aidant, ce dernier tombe entre les griffes d'un maître chanteur qui le menace de dévoiler son passé.

Notre critique:

HARD EIGHT a été entièrement tourné à Reno au Nevada. La mise en scène est minimaliste. Pas question de mouvements de caméra amples ni de montage psychédélique. Pour ses premiers pas, Paul Thomas Anderson privilégie la simplicité et les acteurs. Plans serrés, décors pour ainsi dire absents: le réalisateur cadre consciencieusement des visages et des gestes. Il guette les émotions, les silences au milieu des dialogues. L’intention est bonne, mais le résultat manque singulièrement de vigueur. A trop s’attarder, à trop se cloisonner dans des espaces trop réduits, Anderson lasse et nous désintéresse de son sujet. Un sujet qui ne brille d’ailleurs pas par son originalité. Les quelques bonnes idées s’essoufflent rapidement. Au début, on s’enthousiasme de ce regard neuf apporté sur le monde du jeu. En effet, plutôt que de tomber dans les clichés du film noir, où casino égale débauche et argent, Anderson montre un côté beaucoup plus humain, optimiste même, puisque le jeu permet à ses personnages de vivre. Ces derniers suivent des codes moraux stricts et sont pour la plupart animés par le bien. Hélas, une fois encore, Anderson resserre trop les limites: la destinée de ses héros est prévisible et la rédemption de Sidney, qui est au centre de l’histoire, est d’un classicisme décevant.

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Les performances des quatre acteurs principaux relèvent pourtant le niveau. Philip Baker Hall (THE ROCK, KISS OF DEATH et SECRET HONOR de Altman) et John C. Reilly (le comparse de Kevin Bacon dans THE RIVER WILD) installent entre Sidney le fatigué et John l’arrogant une relation nuancée, ambiguë, véridique, mélange de lien paternel et d’une amitié de longue date. Leur jeu est mesuré, sans débordement, toujours digne. Dans les rôles secondaires, on retrouve Gwyneth Paltrow (la femme de Brad Pitt dans SEVEN) et Samuel L. Jackson, découvert par Tarantino dans PULP FICTION. Ni l’un ni l’autre ne faillit à sa réputation de séducteur trouble…

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HARD EIGHT est une répétition générale. C’est un brouillon long mais agréable à voir, pendant lequel Anderson met en place les différents éléments de son univers. Espérons que son deuxième film, BOOGIE NIGHT, dans lequel il retrouve deux de ces acteurs, John C. Reilly et Philip Baker Hall, sera plus abouti. A suivre donc.

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