Equipe:
Durée: 98‘
Genre:
Date de sortie: 09/03/2004
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Experte en psychologie criminelle, le docteur Miranda Grey exerce ses talents dans un établissement pénitentiaire féminin tenu par son mari. Parmi les patientes dangereusement perturbées qu'elle y soigne, le cas difficile de Chloé l'intéresse particulièrement. En effet cette dernière internée pour avoir sauvagement assassiné son beau-père, ne cesse de clamer à qui veut l'entendre qu'elle est tout bonnement possédée par le diable. Un soir alors qu'elle rentre d'une dure journée de travail, Miranda est victime d'un étrange accident de voiture. Lorsqu'elle se réveille c'est en plein cauchemar puisqu'elle se retrouve de l'autre côté des barreaux, enfermée dans une cellule d'isolement de son propre établissement. Accusée d'avoir débité son mari à la hache, Miranda qui ne comprend et ne se souvient de rien, se retrouve entraînée dans vertigineuse spirale schizophrène où elle ne peut compter que sur elle même pour découvrir la vérité. Alors que ses anciens collègues pensent qu'à force de traiter la folie des autres, elle a fini par y sombrer, la jeune femme est de plus en plus persuadée qu'elle est la proie d'étranges et inquiétantes forces surnaturelles pas franchement amies.

Notre critique:

C’est l’histoire d’un mec qui à l’instar de son papa réalisateur et scénariste et de sa maman monteuse, avait décidé de tenter sa chance dans le monde magique et redoutable du cinéma. Après avoir traîné ses culottes courtes sur de nombreux plateaux, s’être fait la main avec une série de courts prometteurs, c’est en 1993 que le jeune garnement décide de frapper à la porte du long métrage. Audacieux et provocateur, ses débuts inspirés de réalisateur sont rapidement reconnus par la critique et le public. Qu’il s’agisse de son coup de main derrière la caméra ou de son charme et de son charisme lorsqu’il se prête au jeu de l’acteur, les louanges pleuvent et les prix tombent, bref jusqu’ici tout va bien. Tellement bien que la Gaumont passe commande à ce héros très discret pour adapter le best seller de Grangé, LES RIVIERES POURPRES. Malgré une fin bâclée et quelques clichés un peu lourdauds, on connaît la suite et le joli succès au box-office y compris hors frontières du petit dernier hexagonal de Mathieu Kassovitz(car c’est de lui qu’il s’agit).

Mais pourquoi ce panégyrique express me direz-vous? Eh bien il arrive parfois que les situations se répètent avec quelques grosses poignées de dollars supplémentaires en prime. Séduit par la patte et la notoriété grandissante du petit frenchie désormais capable de livrer une grosse machine, Joel Silver grand manitou de la production Hollywoodienne ne tarde pas lui aussi à lui faire un peu de gringue pour passer commande. Sa mission si il l’accepte (mais bon qui refuserait de diriger Halle Berry): Relever le niveau ras les pâquerettes de « Dark Castle Entertainment », société fondée avec Robert Zemeckis et spécialisée dans d’insipides remakes de films d’horreur et d’épouvante que l’on oublie volontiers.

Casting chic, photo cut, effets chocs et ambiance trac, si le générique et les premières séquences de GOTHIKA nous laissent à penser que le trouillomètre ne va tarder à faire travailler nos muscles fessiers, l’effet est malheureusement de courte durée. Sans doute pour masquer un scénario à dormir debout qui ne s’embarrasse pas de cohérence et n’est pas à une invraisemblance près (fantastique et paranormal ont parfois bon dos), on sombre trop rapidement dans la surenchère visuelle léchée et soignée à grands renforts d’effets sonores, roulements de tambours et flonflons assourdissants histoire de souligner les passages terrifiants au cas où on ne les aurait pas remarqués. Psychologie et irrationnel de comptoir, grosse pluie qui mouille et vilains éclairs, visions cauchemardesques, GOTHIKA flirte avec les clichés classiques du genre et lorgne un peu trop avec des références d’illustres prédécesseurs sans rien apporter de neuf à la série B pour nous effrayer. Du coup, à mesure que les règles et les confidences se dévoilent, la chose perd rapidement de son attrait si bien qu’une fois le pot aux roses découvert on hésite entre franche rigolade, grosse déception ou ennui profond.

En employé appliqué et respectueux du cahier des charges et des impératifs commerciaux, Kassovitz nous livre donc ici un pur produit de genre au casting mirifique et à la mécanique impersonnelle pour public pas regardant sur la qualité et l’originalité. Si quelques trop rares éclats nous rappellent qu’il peut être aussi un réalisateur talentueux et inventif, le rouleau compresseur Hollywoodien ne lui a guère laissé de marge de manœuvre pour ce premier essai américain. Puisqu’il semble ne pas avoir d’autre choix que de se contenter de tenir sa caméra, il tente de sauver les meubles en multipliant les effets techniques au détriment d’une authenticité et d’une prise de risques sur lesquelles la bave aux lèvres on misait beaucoup. Dis Mathieu fallait-il en passer par là pour gravir les échelons de la gloire et préparer ton plan de carrière?

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Journaliste

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