Equipe:
Durée: 90‘
Genre: Drame psychologique
Date de sortie: 04/10/2005
(cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Marié à Gabrielle depuis dix années, Jean Hervey est un bourgeois qui se flatte d'avoir des amis et de les inviter chaque semaine à de bons repas. Le repas du jeudi est particulièrement couru par tous et toutes. Sa femme l'aime, il en est certain, et il aime sa femme, il en est également certain. Mais un beau jour, alors qu'il rentre chez lui, il trouve un mot de Gabrielle lui annonçant qu'elle est partie pour toujours avec un autre homme. Le monde de certitudes de Jean s'écroule...

Notre critique:

Patrice Chéreau, metteur en scène de théâtre avant tout, fait rarement des films dans les sentiers battus de ses confrères réalisateurs de cinéma (LA REINE MARGOT, INTIMITE). En adaptant une nouvelle de Joseph Conrad (Le Retour), il fait une nouvelle fois un pas dans une direction que peu aurait osé emprunter.

Très écrit, très dialogué, GABRIELLE est dynamisé au début du film par une caméra très fluide circulant au milieu des groupes de personnages suivant alors le rythme d’un des protagonistes et s’attardant parfois sur l’un ou l’autre. Par ce biais, Chéreau réussit le tour de force de faire passer au cinéma la pilule d’un récit qui reste très littéraire plutôt que visuel (la description orale du personnage de Francis que l’on ne voit pas à l’écran en est un bon exemple).
Puis vient, après l’envolée du début et après la brisure du couple, une caméra plus statique distillant des plans fixes qui saisissent alors le tourment et la tempête dans lesquels se débattent Jean et Gabrielle. La mise en scène ne doit plus en rajouter, la certitude de la caméra fait face à l’incertitude des personnages.
La violence est plus souvent verbale qu’exprimée physiquement et lorsqu’elle atteint des sommets, Chéreau s’offre le luxe de l’intertitre pour en souligner la force.

Mais, à l’instar du théâtre, Chéreau aime aussi diriger de grands acteurs. Et entre Pascal Greggory et Isabelle Huppert, on peut dire qu’il est servi. Le combat au sommet est admirable de maîtrise même si l’interprétation de Huppert est un poil au-dessus de celle de son compagnon de scène. Leurs faces à faces sont aussi terribles que leurs moments de déchirements solitaires. Et Pascal Greggory donne une suffisance formidable à son personnage qu’il utilise à merveille pour le briser ensuite…

Seule ombre au tableau, une musique parfois pesante, dramatique à outrance finit par donner l’impression d’enfoncer le clou du drame un peu trop profondément dans l’esprit du spectateur déjà atterré.

GABRIELLE est un film noir, dramatique à souhait, sans concessions et qui ne peut laisser indifférent même si il est plus que probable qu’il en agacera plus d’un par le côté parfois trop pesant du drame.

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...