Equipe:
Durée: 103‘
Genre:
Date de sortie: 03/02/1998
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Le film commence par les vacances d'un couple aisé et de leur fils dans leur propriété en bord de lac. Ils font malcontreusement la connaissance de Peter et Paul, deux adolescents encombrants. Le malaise s'installe petit à petit pour faire place à une violence sans retour...

Notre critique:

Michael Haneke a déjà fait coulé beaucoup d’encre et de sang (cinématographique) à cause de sa précédente trilogie (LE SEPTIEME CONTINENT – 1989, BENNY’S VIDEO – 1992, 71 FRAGMENTS D’UNE CHRONOLOGIE DU HASARD – 1994). FUNNY GAMES , le nouvel opus, ne déroge pas à l’auto-règle fixée par son réalisateur et s’ajoute aux trois films précités. Ils abordent toujours le même thème, à savoir: la médiatisation de la violence et ses conséquences (comme l’analyse de cette violence et le repositionnement du spectateur face à celle-ci).

Il est tout à fait inutile de prolonger de quelques lignes le synopsis. FUNNY GAMES est un film que l’on voit, on ne le raconte pas.

L’intelligence de Michael Haneke réside donc dans sa visualisation de la violence. L’image nous la suggère plus qu’elle nous l’exhibe. Préfèrant poser sa caméra après que l’acte ait été perpétré, Haneke oblige notre cerveau-complice à se faire son cinéma grâce aux sons ou aux bruitages qui nous martèlent comme le bourreau sa victime. Haneke joue également avec son audience en faisant intervenir un des deux violeurs en face-caméra en lui adressant la parole, encore mieux en lui demandant son avis. Cette marque d’intérêt nous permet de nous démarquer et de prendre le recul nécessaire pour analyser les ‘pourquoi’ des ‘comment’ d’une situation aussi extrême.
Contrairement à une violence plus traditionnelle dont le cinéma américain (exemple pris au hasard) regorge, FUNNY GAMES ne donne que très rarement au spectateur l’opportunité de s’aérer, de respirer, de sortir de cette ambiance lourde et malsaine. Nous ne quittons jamais sa violence, nous cohabitons avec elle.
A contrario, la scène la plus forte et déstabilisante du film est un plan quasiment fixe de cinq longues minutes sur le couple-victime après la première vague de sévices. L’étouffement nous prend par surprise. La décantation des souffrances subies par ces époux donne tout son poids et son sens au discours de Haneke.

FUNNY GAMES évite l’esthétisation et la banalisation de la violence au sein d’un média. Ce cheval de bataille du réalisateur allemand nous fait tirer des conclusions sur notre prise de conscience adoptée face à la brutalité latente d’un cinéma fréquemment putassier. Un film-débat à voir.

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Journaliste