Equipe: Claire Foy, Damien Chazelle, Jason Clarke, Josh Singer, Ryan Gosling
Durée: 138‘
Genre: Drame biographique
Date de sortie: 17/10/2018
Cotation: **** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

L’histoire fascinante de la mission de la NASA d’envoyer un homme sur la lune, centrée sur Neil Armstrong et les années 1961-1969. Inspiré du livre de James R. Hansen, le film explore les sacrifices et coûts – d’Armstrong et de la nation – d’une des plus dangereuses missions de l’Histoire.

Notre critique:

Après GUY AND MADELINE ON A PARK BENCH (qui est son premier film), WHIPLASH et LA LA LAND, il va sans dire qu’on attendait encore Damien Chazelle avec plus d’impatience. Il faut dire que depuis la dernière fois, il a remporté quelques Oscar dont celui du meilleur réalisateur. Forcément, quand le projet d’un film sur les débuts de Neil Armstrong à la Nasa jusqu’à la mission d’Appolo 11 fut annoncé, avec une nouvelle fois Ryan Gosling au casting, nos poils se sont hérissés. Le changement de registre avec tant WHIPLASH que LA LA LAND est radical. FIRST MAN n’a pas grand chose en commun si ce n’est l’équipe technique. C’est évidemment grâce à leur travail que la filiation est évidente et qu’on voit on ne peut plus clairement que FIRST MAN est un film de Damien Chazelle.

Le film démarre par une séquence époustouflante, nerveuse, tendue et qui prend aux tripes. Neil Armstrong est en plein vol d’essai et ce dernier ne va pas se dérouler comme prévu. Il sera déterminant dans son avenir et est même annonciateur des galères qui parsèmeront les projets menant au fameux premier pas sur la Lune que Neil posa le 20 juillet 1969. La conquête spatiale ne fut pas un long fleuve tranquille, de nombreux accidents sont survenus et la carrière de Neil n’a pas fait exception.

FIRST MAN raconte principalement les années qui ont précédé Apollo 11 et les étapes par lesquelles est passée la Nasa avant d’arriver à ce succès, elle qui fut si souvent battue par l’URSS dans ce secteur. On connaît évidemment l’issue du film dès le départ. Dès lors, il fallait que Chazelle s’intéresse à autre chose que le simple résultat de la mission lunaire. Cette histoire, c’est celle de Neil Armstrong lui-même. C’est un homme qui a été brisé mentalement suite à une tragédie familiale. Cet événement va marquer sa vie à jamais. Il va s’emmurer, devenir presque mutique, indifférent à ce qui gravite autour de lui. Sa vie familiale va en pâtir bien que son travail à la Nasa soit un exutoire. Cela va lui permettre de se libérer quelque peu, de lui donner des objectifs.

Chazelle creuse la psychologie de son héros en le confrontant à certaines situations, certains obstacles. Il n’en fait pas le seul personnage digne d’intérêt pour autant. Celui de son épouse l’est tout autant car FIRST MAN est aussi, voire surtout, un film sur la famille, sur le deuil, l’acceptation et l’obsession. La famille, c’est celle composée par Armstrong, son épouse et leurs enfants mais c’est également celle de la Nasa. Les pilotes, les supérieurs, les ingénieurs, les techniciens, tous sont motivés par la même passion et son traversés par les mêmes douleurs. La réussite de la mission marque la fin de plusieurs cycles que Chazelle explore magnifiquement bien avec beaucoup de sensibilité sans jamais tomber dans la sensiblerie.

S’il s’en sort très bien pour filmer ses comédiens dans des moments dramatiques, Damien Chazelle montre aussi une nouvelle facette. Plusieurs fois durant le film, il y a des scènes d’action. Certains vols et essais furent mouvementés voire mortels. D’un point de vue de la mise en scène, il y avait donc de quoi faire. Après la superbe séquence d’ouverture, qui donne le ton, Chazelle réitère l’essai plusieurs fois avec tout autant de talent et succès. Chacune de ces séquences est impressionnante, résultat dû en grande partie grâce au boulot effectué sur le montage et le mixage sonore. C’était essentiel pour que les scènes fonctionnent et, au final, elles participent grandement à l’angoisse que peuvent ressentir les spectateurs.

A ses côtés, Chazelle retrouve certains de ses collaborateurs habituels dont deux sont à mentionner particulièrement. Tout d’abord, le chef opérateur Linus Sandgren, qui signe sa seconde collaboration (après LA LA LAND) avec Chazelle, signe encore un travail fabuleux. Dans l’ensemble, la photographie est superbe mais, les plans dans l’espace sont véritablement époustouflants. L’autre collaborateur, c’est Justin Hurwitz. Il est là depuis les débuts puisqu’il était le colocataire de Chazelle à Harvard. Si de prime abord le travail musical est moins important ou excitant que sur des films comme WHIPLASH et LA LA LAND, force est de constater qu’Hurwitz a su se montrer avec la manière. Il signe quelques thèmes marquants qu’on a simplement hâte d’écouter à nouveau une fois la bande originale sortie. On trouve étonnamment peu de jazz, même pas un petit Blue Moon de Glenn Miller qui aurait été des plus appropriés mais là, c’est vraiment pinaillé.

Enfin, il est impossible de parler du film sans mentionner ses comédiens et leur fantastique travail, Ryan Gosling et Claire Foy en tête. Gosling montre petit à petit que l’étendue de sa palette de jeu est sans doute plus vaste que ce que l’on pouvait croire (ou craindre). Tant mieux ! Par moment, il atteint un niveau d’émotion qu’on ne lui connaissait pas forcément. En tout cas, il l’avait peu montré jusqu’ici. Claire Foy, qui s’est fait un nom depuis son rôle dans la série The Crown, est une partenaire largement à la hauteur. Son interprétation honore le personnage de Janet Shearon, l’épouse d’Armstrong. Les seconds voire troisièmes rôles sont également impressionnants puisqu’on y trouve des comédiens du calibre de Kyle Chandler, Shea Whigham, Corey Stoll, Ciarán Hinds, Olivia Hamilton ou encore Jason Clarke.

Avec FIRST MAN, Damien Chazelle répond encore aux attentes voire les dépasses et ce malgré le fait que l’effet de surprise né avec WHIPLASH et qui perdurait encore un peu avec LA LA LAND ait disparu. Le franco-américain oscarisé signe un film humain et humaniste qui frappe fort. Il fallait que les premiers pas sur la Lune soient racontés sous un angle neuf, entrainant et passionnant et c’est ce qu’a fait Chazelle. Bref, on adore et on en veut encore et encore.

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.