Titre français: Les Animaux Fantastiques : Les crimes de Grindelwald

Equipe: David Yates, Eddie Redmayne, Johnny Depp, Jude Law, Katherine Waterston, Zoë Kravitz
Durée: 157‘
Genre: Film d'action fantastique
Date de sortie: 14/11/2018
Cotation: o (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

1927. Quelques mois après sa capture, le célèbre sorcier Gellert Grindelwald s'évade comme il l'avait promis et de façon spectaculaire. Réunissant de plus en plus de partisans, il est à l'origine d'attaque d'humains normaux par des sorciers et seul celui qu'il considérait autrefois comme un ami, Albus Dumbledore, semble capable de l'arrêter. Mais Dumbledore va devoir faire appel au seul sorcier ayant déjoué les plans de Grindelwald auparavant: son ancien élève Norbert Dragonneau. L'aventure qui les attend réunit Norbert avec Tina, Queenie et Jacob, mais cette mission va également tester la loyauté de chacun face aux nouveaux dangers qui se dressent sur leur chemin, dans un monde magique plus dangereux et divisé que jamais.

Notre critique:

C’est il y a deux ans, soit cinq ans après la fin de la saga Harry Potter au cinéma qu’est arrivé son spin off,  LES ANIMAUX FANTASTIQUES. D’abord annoncé comme étant une trilogie, Warner a finalement prévu cinq films, de quoi voir venir en termes de finances. En effet, la saga Harry Potter fut l’une des plus lucratives, on comprend donc pourquoi Warner n’a pas envie de lâcher son bébé de sitôt. Il ne restait plus qu’à espérer que l’histoire tienne la route, certains films étant souvent trop longs avec des passages autant interminables qu’inutiles, simplement pour combler le vide et faire perdurer le récit sur l’un ou l’autre film supplémentaire.

Ce second volet, FANTASTIC BEASTS: THE CRIMES OF GRINDELWALD, de ce que l’on doit appeler la désormais saga Animaux Fantastiques, qui fait partie intégrante de l’univers partagé Wizarding World, débute environ six mois après la fin du premier avec l’évasion de Grindelwald. Suite à son évasion relativement spectaculaire, le grand méchant rejoint Paris, là où il pense pouvoir trouver Croyance, le spécial jeune homme du premier épisode, une sorte de nouvel élu. A quel point? Tout cela est encore assez flou mais Grindelwald en est persuadé, ce garçon a un rôle important à jouer dans le futur. Bref, Grindelwald, comme les Aurors du ministère de la magie britannique, essaie de retrouver Croyance à Paris. A toutes fins utiles, il est tout de même important de souligner que Croyance mourrait à la fin du premier épisode mais il aurait survécu. Comment? Ta gueule, c’est magique.

Il est question de quête identitaire pour le jeune Croyance alors que tout le monde le cherche, soit pour exploiter ses pouvoirs, soit pour le capturer ou pire, le tuer. Tout est lié à lui, il est le véritable fil rouge de cet épisode. Autour de cet arc narratif principal sont greffés divers récits intéressants à divers degrés (sous-entendu: certains n’ont absolument aucun intérêt). Dans ceux qui en ont, il faut évidemment citer Albus Dumbledore qui signe son grand retour, sous les traits de Jude Law qui signe une prestation étonnamment correcte, toute en sobriété. Comme tous les fans de la saga le savent, Dumbledore et Grindelwald sont liés puisqu’ils sont amis de jeunesse (voire amants) et c’est Dumbledore qui a vaincu Grindelwald alors qu’il était à son apogée. Ce dernier événement est certainement celui qui conclura la saga dans le cinquième volet.

Autre arc narratif bizarrement réussi vu le non charisme d’un de ses protagonistes (voir paragraphe suivant), c’est celui entre Norbert Dragonneau et Leta Lestrange, la fille avec laquelle l’histoire d’amour qu’il a eue est brièvement mentionnée dans le premier film. La famille Lestrange étant importante dans la communauté des sorciers; en voir d’autres origines, d’autres aspects rend la chose intéressante pour les fans. On y trouve les ingrédients classiques des histoires d’amour compliquées. Lié à cela, on peut parler de Thésée Dragonneau, le frère de Norbert qui est un Auror. Il joue un rôle dans la poursuite de Croyance et Grindelwald mais est également au cœur de la relation entre Norbert et Leta.

Pour avoir de bonnes intrigues, il faut de bons personnages. Avec le non charismatique Norbert Dragonneau, et l’insupportable façon de jouer de son interprète Eddie Redmayne, c’est compliqué. Au-delà de son histoire avec Lestrange, le personnage est inutile. Il en est de même pour son acolyte Tina Goldstein dont on cherche encore à savoir quelle est la plus-value. Toutes les parties durant lesquelles Norbert Dragonneau est avec ses animaux sont pénibles. Elles n’ont aucun intérêt et apportent rarement quelque chose de significatif au récit. Par contre, avec des personnages comme Grindelwald et Dumbledore, on tient quelque chose. Il est évident que c’est ce duel qui est le vrai cœur de cette saga dérivée et que le reste ne sert que de contexte. On découvre ici un Dumbledore plus jeune, qui est déjà revenu sur ses idées de jeunesses, à savoir celles qu’a encore Grindelwald au moment où se déroule le film. Il veut que les sorciers n’aient plus à se cacher mais, pour ce faire, les humains doivent tout de même se soumettre. Le discours est séduisant et fait, malheureusement, encore écho de nos jours. La montée du fascisme, puisque c’est de ça dont il s’agit, est le thème principal du film et il ne fait nul doute que ce sera encore fortement présent dans les films à venir.

Le rythme du film est un autre problème, car très laborieux. Les 45 premières minutes, voire la première heure, sont pénibles. Il ne se passe quasiment rien et on s’ennuie ferme. Ce n’est que quand les premiers personnages se rendent à Poudlard que l’on a enfin le sentiment que le film démarre. Et encore, ce n’est pas parce que cela s’améliore que c’est bien pour autant. Déjà, il y a les problèmes de personnages et arcs narratifs évoqués plus haut, mais cela ne s’arrête pas là. Il y a également de sérieux problèmes de rythme liés notamment aux scènes d’action. L’un des gros problèmes du premier film, récurrent ici, c’est son utilisation de l’espace, de l’espace public principalement. Comprenez par là que les villes, pleines de personnes non magiques, sont submergées d’effets magiques en permanence. Il n’y a pas de symbiose et cela entre presque en contradiction avec les messages portés. Plus concrètement, le problème est que les scènes d’action sont généreuses en action et effets spéciaux. Dans la saga Harry Potter, la magie enchantait car elle n’était pas présente partout à tout bout de champs. Ici, c’est en permanence. La production veut tellement en mettre plein la vue qu’elle en oublie leur pertinence. C’est trop, tout le temps, partout à tel point que ce gloubiboulga numérique devient indigent et fatigant. C’est dommage car cela amoindrit certains effets car, il faut bien le dire, certaines séquences et certains effets sont réussis. Mais comme la plupart des scènes sont mal rythmées, trop longues avec trop d’effets, pas toujours réussis en plus, cela ne fonctionne pas à tous les coups.

Le film comporte aussi son lot de d’incohérences -facilités et intrigues tordues- surtout vers la fin du film. A ce propos, le dernier paragraphe de cette critique sera consacré à quelques spoilers. Une alerte sera mise juste avant pour que vous puissiez vous arrêter à temps, pas d’inquiétude. En tout cas, bien que l’univers soit magique, cela n’excuse pas tout, loin de là.

Enfin, avant de conclure, un petit mot sur le « fan service ». Certes, revoir Poudlard et apercevoir des lieux et personnages connus de tous, avec lesquels on a pu grandir fait plaisir mais, le « fan service » a des limites. On sent que cet épisode a été fait pour réconcilier un peu les fans de la saga Harry Potter déçu du premier volet des Animaux fantastiques. Outre Poudlard et Dumbledore, on voit des elfes de maison, la pierre Philosophale, Nicolas Flamel (dont l’inutilité dans le récit est incroyable, voire risible), et même Nagini, le célèbre serpent de « Celui-dont-on-ne-peut-pas-prononcer-le-nom ». Et, encore une fois, malgré un certain plaisir évident, on sent trop le côté poussif de la chose.

Pour conclure, que faut-il retenir de ce FANTASTIC BEASTS: THE CRIMES OF GRINDELWALD? Pas grand chose malheureusement. Il est très inégal au niveaux de ses intrigues, il est très mal rythmé, comporte des personnages souvent peu intéressants. Il y a des pistes d’intrigues qui sont prometteuses, il faut bien le reconnaître, mais cela dépendra de la qualité de leur développement. Le futur duel entre Dumbledore et Grindelwald est forcément très attendu donc, malgré la non réussite de cet opus, les spectateurs seront encore présents pour les suites. Attention, toutefois à ne pas faire n’importe quoi au niveau de l’histoire.

Cette critique s’arrête ici mais, si vous désirez en savoir un peu plus sur le fond, n’hésitez pas à continuer vers le paragraphe suivant.

SPOILERS

Dans ce paragraphe-ci sera évoqué un point crucial du film, le climax de fin. Si vous lisez ce paragraphe, c’est donc à vos risques et périls.

Vous le savez probablement si vous lisez ces lignes, le film se termine sur une révélation de poids. Alors que pendant tout le film on suppose que Croyance est un enfant Lestrange, Grindelwald lui apprend qu’il est en réalité Aurelius Dumbledore. Et là vous vous dites «whaaaaat???? ». C’est normal.

L’histoire familiale de Dumbledore est connue de tous les fans de la saga Harry Potter et, Aurelius n’en fait pas partie. Deux options se posent donc. Premièrement, soit Grindelwald ment. Croyance n’a aucune idée de ce que Grindelwald vient de lui dire. Il ne connaît pas Dumbledore et ne connaît donc pas son histoire. Grindelwald pourrait donc lui dire n’importe quoi. Deuxièmement, cela pourrait être un nouveau personnage, créé de toutes pièces par J.K. Rowling qui, rappelons-le, est la scénariste du film. Elle trahirait donc ainsi sa propre œuvre en inventant un nouveau frère à Dumbledore? Improbable? Peut-être mais pas impossible.

La piste du mensonge reste la plus plausible mais, dans ce cas, pourquoi également mentir aux spectateurs qui, eux, à priori, savent la vérité? Pourquoi créer pareil climax? La réponse, évidemment très attendue, c’est pour les films suivants. Quoi qu’il en soit, c’est un peu un coup bas de la part des scénaristes de procéder de la sorte.

Vous aimerez peut-être:

A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.