Titre français: In The Mood For Love

Equipe:
Durée: 98‘
Genre:
Date de sortie: 07/11/2000
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Nous sommes à Hong Kong, en 1962, Chow, journaliste, et Li-Zhen, secrétaire, s'installent simultanément dans un immeuble avec leurs conjoints respectifs. Peu à peu, ils se lient d'amitié avant de découvrir que leurs moitiés entretiennent une liaison...

Notre critique:

Wong Kar-Wai est un spécimen de réalisateur. Cinéaste à l’esthétique ravageuse, désorganisateur de sentiments sans égal, il marie sans pareil des volutes colorées à des émotions tantôt réservées, tantôt très démonstratives. Des affres de la souffrance passionnelle dans HAPPY TOGETHER à la superbe retenue d’une histoire naissante entre deux êtres dans IN THE MOOD FOR LOVE, il n’y a qu’une marche, que ce déstabilisant dompteur de coeurs franchit alertement.

IN THE MOOD FOR LOVE a été l’expérience la plus douloureuse de Wong Kar-Waï. Deux ans de tournage en pleine crise économique asiatique, le départ de membres de son équipe technique (voir les deux chefs op), sans compter un scénario uniquement basé sur deux personnages et évoluant au fur et à mesure. Le tout débouche sur une oeuvre magnifique, une maestria formelle au service d’un homme et d’une femme.

De la multitude de rushes qu’il avait en sa possession, le réalisateur n’a gardé que le meilleur, le plus subtil. Ainsi nous ne verrons jamais les « fautifs », les amants qui délaissent leur époux(-se), on ne fera que les entendre ou les entr’apercevoir. La mise en scène est raffinée, chaloupante, elle suit le déhanchement de Maggie Cheung déambulant dans la rue et tentant de tuer la solitude dont elle est esclave. Ici, on n’éclaire que les détails qui trahissent l’affection de deux êtres esseulés, on ne se vautre pas dans le démonstratif. Pourtant tout se dit, ou se montre. Wong Kar-Wai fait parler ses images à défaut d’inonder ses protagonistes d’explications verbales. Le ton, l’atmosphère sont doux-amers, mais l’ensemble est magique car il ne repose que sur des moments, de tous petits points d’orgues amoureux où les corps se retiennent.
Certes, l’indigence du scénario et le clinquant de la mise en scène pourraient irriter les adeptes du cinéma-spectacle ou du cinéma-vérité. Mais personne ne pourra dénigrer la sensibilité développée par le cinéaste dans l’approche de ses personnages, la beauté époustouflante de ses images, l’emploi temporisateur de la musique. Wong Kar-Wai s’impose à nouveau comme le grand orchestrateur du couple dans tous ses instants.

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Journaliste