Equipe:
Durée: 135‘
Genre:
Date de sortie: 24/12/1996
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

EVITA nous conte la vie d'Eva Duarte. Comment cette paysanne argentine est devenue la femme du président-dictateur Juan Peron. Comment, en sept années seulement, elle est devenue une figure politique capitale en son pays, admirée par beaucoup, détestée par autant. Comment elle est devenue la sainte des pauvres, Santa Evita, arrêtée dans son ascension, à trente-trois ans seulement, par un cancer fulgurant.

Notre critique:

Difficile de se faire une idée sur l’adaptation cinématographique du spectacle EVITA. Porté par une partition qui collectionne les récompenses depuis sa création en 1976, EVITA part gagnant auprès du public connaisseur d’Andrew Lloyd Webber (les musicals JESUS CHRIST SUPERSTAR, CATS, entre autres). Il est aussi bien lancé dans la course aux oscars du décor et des costumes. Mais bon, ce n’est pas au poids de tissus et de stuc qu’on mesure la qualité d’un film.

Alan Parker est un habitué du film musical (THE WALL, FAME) et, heureusement, un bon. Il a souvent réussi à sortir les chansons originales de l’époque de leur création, contrairement à Milos Forman (HAIR) ou Norman Jewison (JESUS CHRIST SUPERSTAR) qui ont réalisé des films abominables, jetables avec le passage de la mode. Réalisateur soigneux à l’extrême, technicien hors pair (il a le goût de l’effet de mise en scène – gratuite disent beaucoup), il ne résout pas, malgré toutes ses qualités, ce problème qui se pose à la vision d’EVITA: pourquoi associe-t-il ces images-là avec cette musique-là?

La reconstitution du milieu du siècle, précise dans ses moindres détails, rendue par la superbe lumière de Darius Khondji, ne s’accorde pas nécessairement avec les accords de guitare électrique. On voudrait par moments, surtout au début, couper ce fichu juke-box qui gueule pendant qu’on regarde un documentaire sur l’Argentine. Par ailleurs, l’image souvent uniquement illustrative devient inutile: on peut fermer les yeux et écouter les paroles sans rien perdre de la narration; dès lors, pourquoi faire un film?

Lorsque – enfin! – l’image et le son entrent en interaction et se soutiennent, la gêne disparaît et EVITA décolle. On peut alors goûter vraiment la qualité ironique du texte chanté qui rappelle justement que toute populaire qu’elle fût, Evita Peron incarnait avec panache la politique de son mari – un dictateur populiste. On peut apprécier certaines scènes chargées d’humour (l’ascension sociale d’Eva à la force de l’entrejambe), d’un certain cynisme (la démagogie dans l’aide aux pauvres) et de tragédie (l’agonie d’Eva, très douloureuse). Madonna en Evita reste d’un professionnalisme impeccable (elle a pu jouer mal dans d’autres films, mais lorsqu’elle chante, chapeau!). Antonio Banderas prend des poses pour son non-personnage de narrateur: tout le monde n’apprécie pas, en tous cas, il s’amuse beaucoup. Enfin, Jonathan Pryce compose un Juan Peron immédiatement touchant: sa voix particulière passe la barrière de la musique, de la sophistication ambiante, pour faire naître l’émotion nécessaire. On en oublie parfois qu’on est dans une comédie musicale. C’est éphémère, un peu tardif aussi. Dommage.

De toute façon la qualité d’EVITA est une question de goût. Malgré son inégalité, les inconditionnels de ce type de film – plus proche du clip ou de l’opéra que de la comédie musicale – le trouveront nécessairement génial. Qualité de la fabrication oblige. Les autres devront patienter (sans s’ennuyer, heureusement) pendant ces scènes où, vraiment, on se demande ce que l’image et la musique peuvent bien s’apporter.

A propos de l'auteur

Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.