Durée: 104‘
Genre:
Date de sortie: 24/09/2002
Cotation: *** (de ooo -restez chez vous- à **** -rdv de toute urgence au cinéma)

Il existe encore, un peu partout en France, ce qu'on appelle des 'classes uniques': de ces classes qui regroupent, autour du même maître ou d'une institutrice, tous les enfants d'un même village, de la maternelle au secondaire. La vie de tous les jours, pour le meilleur et pour le pire. C'est dans l'une d'elles, quelque part au coeur de l'Auvergne, que s'est tourné ce film.

Pudiquement, Nicolas Philibert s’est donc glissé dans l’une de ces classes uniques. Avec les petits de maternelle et les grands de la fin du primaire, autour de l’admirable, l’inoubliable Monsieur Lopez, le cinéaste filme les joies et les larmes, les jeux et les leçons, les silences et les chahuts de cette école de la vie que vous n’êtes pas prêt d’oublier. Un pavé dans la mare de la globalisation de l’enseignement.

Alors que le paraître et les apparences croulaient sous le strass et les paillettes, quelques minutes d’authenticité et de pureté ont pourtant fait vibrer le tapis rouge du dernier Festival de Cannes lorsque tel un magicien, Nicolas Philibert entouré d’une bande de 13 petits lutins accompagnés de leur maître, ont foulé les marches mythiques pour venir y présenter hors compétition, un petit bout de leur vie et un grand moment de cinéma. Il aura donc fallu plus de deux décennies pour que ce précieux cinéaste à la caméra futée, sorte enfin de l’ombre et prouve à ceux qui en doutaient encore que le cinéma documentaire peut offrir des merveilles d’intelligence et de sensibilité que la fiction n’a rien à envier. Documentariste militant et humaniste passionné, sa capacité à aller vers les autres et à s’immerger dans leur monde tout en se faisant oublier, l’a cette fois-ci entraîné dans une minuscule école de campagne du centre de la France.

Cette ‘classe unique’ (souvent dernier recours avant la fermeture de l’école pour cause d’effectifs insuffisants) où se mêlent une douzaine d’enfants tous âges confondus, de la maternelle à la dernière année de primaire, comme il en existe des centaines dans de nombreux petits villages, n’a pourtant à première vue rien d’exceptionnel. Mais si le cinéaste a choisi d’y séjourner plusieurs semaines (réparties de décembre 2000 à juin 2001) et d’y consacrer plus de 60 heures de rushs, c’est tout simplement parce qu’il a depuis longtemps compris que c’est souvent des petites choses les plus simples et les plus banales que surgissent les plus grands moments de poésie et d’humanité. Avec une discrétion étonnante et une neutralité bienveillante, sa caméra scrute, explore et observe sans jamais tricher, tout en justesse et en contraste, cette relation étroite et privilégiée qui lie les élèves de cette drôle de classe au formidable M. Lopez, leur unique instituteur. Derrière les facéties du petit Jojo, les peurs de la fragile Nathalie, les bagarres de récré d’Olivier ou les difficultés de Julien avec les tables de multiplications, se dessinent les joies et les luttes quotidiennes de l’enfance par lesquelles il faut passer pour apprendre à grandir et à vivre ensemble.

Tour à tour drôle et attendrissant, mais aussi grave et bouleversant, derrière sa simplicité et sa modestie, ETRE ET AVOIR est une extraordinaire leçon de vie. Dans ce monde de brutes qui nous entoure où l’on a plus souvent tendance à épingler les problèmes du système scolaire, ce film lumineux et intelligent, nous parle simplement et avec réconfort de l’apprentissage à se construire et du rôle crucial des adultes et de l’école pour y parvenir. Passionnant et sans fautes de la première à la dernière ligne cette copie frôle le 20/20.

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Journaliste

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