Titre français: Los Angeles 2013

Equipe:
Durée: 101‘
Genre:
Date de sortie: 12/11/1996
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

2013, les Etats-Unis sont devenus une théocracie totalitaire où être athée, manger de la viande rouge et fumer sont des attitudes criminelles. Les indésirables sont déportés sur l'île de Los Angeles, ravagée et séparée du continent depuis un gigantesque tremblement de terre. Alors que les pays du Tiers-Monde excédés se massent aux frontières, prêts à attaquer, la télécommande de l'arme absolue est perdue quelque part dans l'enfer de Los Angeles. Snake Plissken (Kurt Russell) a pour mission de la retrouver.

Notre critique:

Pour la première fois (et probablement pas la dernière) sur notre site, un film n’a pas vraiment fait l’unanimité… On vous propose donc un POUR et un CONTRE. Bonne lecture!


Quinze ans après NEW YORK 1997, Snake Plissken est de retour. L’antihéros le plus dangereux et le plus féroce du cinéma moderne vous invite à une séance pas comme les autres. Au programme: un western noir et futuriste: LOS ANGELES 2013.

En 1998, un séisme de force 9 frappe Los Angeles. Les gratte-ciels, les autoroutes, les ponts, les échangeurs s’effondrent et un raz-de-marée submerge la ville, la coupant ainsi du continent.
2013 – L’Amérique vit dans une société régie par le puritanisme. Il est interdit d’avoir des rapports sexuels hors mariage, de fumer, de consommer de la viande rouge… Toute personne ne correspondant pas aux critères de sélection de cet Ordre Nouveau sera bannie. Le lieu de leur excommunication : Los Angeles Island, la ville la plus dangereuse du monde. Sodome des temps modernes, cette faune urbaine est le berceau et le cercueil du crime et de la liberté. Seule la règle du plus fort y est d’application. L.A. Island aime les gagnants, les gens qui n’ont peur de rien comme Snake Plissken. Contraint par le président des Etats-Unis d’Amérique (qui n’ont plus rien avoir avec le Dreamland que tout le monde connaît), et pour sauver sa peau, Snake doit s’infiltrer dans ce L.A post-apocalyptique pour récupérer un bien précieux du chef d’état et tuer sa fille. Il n’a que quinze heures pour accomplir sa mission, sinon le virus pré-injecté aura raison de lui…

Souvenez-vous de l’excellent NEW YORK 1997 ou la naissance de Snake Plissken: personnage extrême et énigmatique du septième art. L.A. 2013 est un film fou, fou, fou…Il faut être culotté pour nous resservir exactement la même histoire que l’original à un détail près. Ici, il s’agit de la fille du président alors que dans l’original il s’agissait du président lui-même. Ce film ressemble à un comics, le rythme, les cascades, les scènes d’action, des moments de délire (Snake et Pipeline qui font du surf le long de Wilshire Boulevard): une joyeuseté en somme.

John Carpenter est un maître dans le domaine du fantastique et de la science-fiction. Il nous l’a maintes fois prouvé (THE THING, HALLOWEEN, IN THE MOUTH OF MADNESS…). Avec ce remake de son propre film, il a rédigé son testament. Il règle ses comptes avec la société américaine au travers de son (anti-)héros préféré, celui qui lui ressemble le plus: Snake. Elle en reçoit plein la tronche pour pas un rond, la grande et belle Amérique. Tout au long du film, John Carpenter n’arrête pas de balancer ce qu’il traînait en lui durant sa vie. Ce réalisateur anticonformiste et résolument anti-commercial a tenu la barre droite jusqu’à la fin. Mais ne l’enterrons pas si vite. Il est malade d’accord, mais il n’est pas mort!

Quel plaisir de retrouver Kurt Russel dans la peau d’un personnage qui lui va comme un gant. Un plaisir partagé par l’acteur vraisemblablement car, pour l’anecdote, le costume de Snake Plissken de 1981, Kurt l’a gardé et le porte durant les premières séquences. Et même si les effets spéciaux sont loin d’être de toute première qualité, LOS ANGELES 2013 reste un pur régal pour les amateurs d’humour très second degré et d’action bédéesque. Un incontournable pour les fans de SF destroy!

Olivier Guéret


ESCAPE FROM NEW-YORK tient une place particulière dans la filmographie de Carpenter. Même si c’est un de ses plus grands succès, c’est surtout un de ses plus mauvais films. Rempiler 16 ans après avec sa suite, ESCAPE FROM L.A., frôlait la mauvaise idée: le résultat est effectivement affligeant. Triste à dire. Parce que Carpenter, on l’aime. Technicien redoutable d’efficacité, il peut aussi revendiquer le qualificatif d’intellectuel, car il a su combiner des genres populaires (le gore, la SF) et une subversion rafraîchissante. Malheureusement, pour ESCAPE FROM L.A. la révolte salutaire s’est transformée en gueulante de bistrot, annihilant la portée du message.

Une fois la situation de départ lourdement exposée, le propos ne progresse plus. A la manière du Bucquoy de Camping Cosmos, Carpenter se laisse aller à une rumination contestataire de potache attardé d’une platitude consternante, tapant sur les travers les plus rabachés, les plus évidents de l’Amérique. En témoigne cette scène prétenduement comique où les héros sont retenus prisonniers par des adeptes sanguinaires de la chirurgie esthétique dirigés par un Bruce Campbell caoutchouteux. Notez la critique subtile… (futilité de la beauté qui que et gna et gna et gna). Dans un film Troma fauché, ce genre de caricature ferait sourire; dans une production de cette ampleur (plusieurs dizaines de millions de dollars tout de même), c’est une autre affaire…

S’il faut oublier le message, on pourrait rêver d’un bon récit d’aventure. Au moins ça. Mais non. Là aussi c’est l’indigence. L’histoire reprend ligne par ligne la narration de ESCAPE FROM NEW-YORK, déjà très mauvaise. Snake Plissken erre de quartiers démolis en immeubles ravagés, empilant les cadavres et variant les moyens de transport (surf, planeurs,…). Pas de personnages à se mettre sous la dent, juste des archétypes de rencontre: Steve Buscemi joue son poncif de l’emmerdeur bavard, Peter Fonda fait le has-been, Valeria Golino apparaît, se fait capturer, attacher puis meurt. Plutôt maigre comme apport psychologique.

En dernier recours, les moins exigeants peuvent s’intéresser aux effets spéciaux. Voire! Ratés, laids, ils résument L.A. en ruine à de vilaines maquettes mal incrustées dans des compositions informatiques aux couleurs aberrantes. Paradoxal de la part de Carpenter qui militait encore récemment dans « les Cahiers du Cinéma » contre l’aspect bidon des effets informatiques. Il a oublié ses paroles entre-temps et s’est laissé emporter par la mode des nouvelles techniques qui sont loin d’être maîtrisées.

On le sentait déjà dans VILLAGE OF THE DAMNED, Carpenter gamberge sa révolte mais ne parvient plus à l’exprimer. Dans ESCAPE FROM L.A., c’est d’autant plus inexcusable qu’il avait un budget à la mesure de ses exigences et une liberté totale. Espérons que l’échec du film aux Etats-Unis lui fera prendre conscience qu’il commence à radoter solidement.

A propos de l'auteur

Christophe Bruynix
Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.