Equipe: Christa Théret, Guillaume Canet, Juliette Binoche, Nora Hamzawi, Olivier Assayas, Vincent Macaigne
Durée: 108‘
Genre: Comédie
Date de sortie: 16/01/2019
Cotation: oo (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Alain et Léonard, écrivain et éditeur, dépassés par les nouvelles pratiques du monde de l’édition, sourds aux désirs de leurs épouses, peinent à retrouver leur place au sein de cette société dont ils ne maîtrisent plus les codes.

Notre critique:

Olivier Assayas revient dans l’actualité cinématographique avec une certaine régularité. La dernière fois, c’était il y a deux ans avec sa bizarrerie PERSONNAL SHOPPER. Pour cette nouvelle œuvre, il fait à nouveau appel à Juliette Binoche avec qui il avait déjà travaillé sur CLOUD OF SILS MARIA. AVEC DOUBLES VIES, il fait un retour en France et en français avec un joli casting composé, dans les rôles principaux, de Juliette Binoche, Guillaume Canet, Vincent Macaigne, Nora Hamzawi et Christa Théret.

La première chose qui choque alors que démarre le film, c’est la piètre qualité de l’image. On ne voit que ça, ce grain particulièrement dégueulasse qui ne donne même pas l’impression que c’est juste un film tourné en pellicule. Non. C’est vraiment hideux. Le déroulement du film viendra poser la question: est-ce que cela est fait exprès ? Difficile de trancher. Le film s’ouvre sur une scène entre un écrivain et son éditeur qui va faire comprendre à son acolyte qu’il ne publiera pas son prochain roman. Ça démarre bien! Durant tout le film, on va suivre ces deux personnages ainsi que leurs compagnes évoluer dans un environnement qu’ils ne maîtrisent plus tellement. Le monde de l’édition est en pleine mutation, l’avènement du numérique a des conséquences fatidiques mais ce qui change aussi et surtout ce sont leurs couples.

De doubles vies il en est question pour à peu près tous les personnages. Assayas s’amuse à filmer ce chassé-croisé en permanence, de s’amuser des secrets de chacun envers les autres. Et voilà à peu près la seule chose un tant soit peu intéressante dans le film car tout le reste est plutôt anecdotique voire catastrophique. Le film ne raconte pas grand chose dans l’absolu, c’est l’un de ses plus gros défauts, à tel point que l’on en vient à se demander si tout ceci n’est pas juste un prétexte. En prenant le monde de l’édition comme sujet principal, c’est le cinéma et le monde culturel qu’Assayas critique en réalité. Il se permet même un petit tacle direct à la critique au détour d’une réplique: « Les critiques de séries sont toujours bonnes ». Bon, c’est de bonne guerre et, en soi, ce n’est pas très grave.

Assayas essaie d’aborder énormément de côtés positifs et négatifs du monde de l’édition. Il ne filme que des gens qui discutent de cette situation. Forcément, il y a un moment où cela devient barbant car ça tourne en rond et, il n’y a rien à faire, ce n’est pas très passionnant d’assister à des débats culturels au cinéma. Ça peut l’être si cela mène quelque part, ce qui n’est pas le cas ici. L’humour présent en belle quantité et parfois de façon extrêmement efficace (lors d’une blague impliquant STAR WARS LE REVEIL DE LA FORCE et LE RUBAN BLANC de Michael Haneke notamment). Cela dit, même dans l’humour, Assayas use et abuse parfois de ses recettes. Quand il sent qu’il tient un bon filon, il l’exploite au maximum alors que, comme on le dit si bien, les plus courtes sont les meilleures. Ce n’est pas non plus le casting ou la technique (l’image mais aussi le son est franchement mauvais) qui viennent rattraper le naufrage.

Malheureusement, DOUBLES VIES ne parvient jamais à emballer le public, la faute à une histoire pauvre, une paresse dans l’écriture et le traitement de ses thématiques. Le côté méta montre clairement ses limites qu’Assayas dépasse trop souvent alors qu’il aurait pu s’en tenir à des effets plus simples mais efficaces. Dommage que le film semble plus être un prétexte pour servir de tribune sur la culture qu’une véritable œuvre cinématographique. Les propos tenus et développés sont pourtant loin d’êtres inintéressants dans l’absolu, la démarche est louable mais le résultat n’est clairement pas à la hauteur. En espérant qu’Assayas reviendra plus fort la prochaine fois.

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.