Equipe:
Durée: 125‘
Genre:
Date de sortie: 22/04/1997
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Prenez quelques mafieux ambitieux, agressifs et violents. Infiltrez-les par un flic marié, deux enfants, en instance de divorce. Mélangez jusqu'à ce que le flic ne connaisse plus ni son nom, ni ses amis, ni sa personnalité.

Notre critique:

Rehaussez le tout avec une mise en scène précise.
La recette de DONNIE BRASCO est aussi simple qu’efficace. Son casting est alléchant: Johnny Depp, Al Pacino, Michael Madsen, dirigés par Mike Newell, le réalisateur de FOUR WEDDINGS AND A FUNERAL. Et le résultat est à la hauteur des promesses: voici un incontournable du genre… rn

DONNIE BRASCO poursuit l’évolution du polar des années 90. Il pousse le principe encore un peu plus loin. Ce qui intéresse les auteurs, ce n’est plus la cervelle étalée sur les murs, mais bien son contenu, neurone par neurone, sentiments et pensées inclus. DONNIE BRASCO est un film psychologique. Il dépeint le parcours d’un policier qui, à force de se faire passer pour un autre, finit par se jouer la comédie à lui-même. Tiraillé entre des bandits qui le considèrent comme un ami, des supérieurs qui attendent des résultats et une femme pour qui le silence « protecteur » n’excuse pas les absences, Joe Pistone pète les plombs. Il mélange rôle et réalité, au risque de perdre sa famille, ou sa vie… rn

Johnny Depp interprète ce personnage ambigu. Et il ajoute par la même occasion une sacrée référence à un curriculum déjà bien garni: ED WOOD et EDWARD SCISSORHANDS pour Tim Burton, DEAD MAN pour Jim Jarmusch, pour ne citer que les plus connus. L’acteur sélectionne intelligemment ses apparitions au grand écran. Il faut dire qu’il est bourré de talent. Il distille les doutes et les angoisses de Pistone avec force et naturel. Et sans s’aider le moins du monde de scènes grandiloquentes et larmoyantes.
A ses côtés, on retrouve Al Pacino en petit truand raté. La sobriété de son interprétation renforce la crédibilité de son personnage. L’espace d’un film, Al abandonne ses tirades emphatiques pelantes et choisit l’émotion, la vraie.
Troisième membre du trio: Michael Madsen. Vous vous en rappelez certainement: c’était le grand type au visage inquiétant, qui découpait l’oreille du policier dans RESERVOIR DOGS. Voici des années qu’il traîne de rôle secondaire en rôle secondaire dans des films renommés. Et ce n’est pas par hasard. Excellent, Madsen trouve ici chaussure à son pied (et il chausse grand!). Il donne à son personnage, le chef de la Famille, une cruauté primaire et une présence effrayante. On attend impatiemment son premier rôle en tête d’affiche. rn

Côté mise en scène, Mike Newell s’appuie sur les hommes, investit leur famille, leurs moments d’amitié et leurs hésitations. Avec calme, sans s’emporter (et c’est tant mieux), le réalisateur construit ses caractères, les détaille, plonge dans leur coeur avec brio. Il réussit finalement ce que peu osent tenter: effacer les effets visuels derrière les personnages, primer le jeu des acteurs sur les mouvements de caméra. Ne vous y trompez pas, ceci est une prouesse et pas un défaut. rn

DONNIE BRASCO est inévitable pour qui aime cette nouvelle vague de polars psychologiques. Sous le travers de raconter une histoire vraie, de parler de mafia, il nous balance quelques vérités humaines bien tapées. L’air de rien. L’air de dire que le cinéma est là pour ça. Et qu’il y en a encore qui y croient…

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Journaliste