Equipe:
Durée: 103‘
Genre:
Date de sortie:
(cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Les Américains sont venus en Islande, ont construit des casernes en tôle, et puis sont repartis, laissant le pays dans la misère et les pauvres dans leurs taudis préfabriqués. Ils ont laissé derrière eux le mythe d'une Amérique étincelante, parfaite et riche. Un mythe qui fait briller les yeux des petites gens.
Ceux de Baddi notamment, qui accompagne sa mère aux Etats-Unis quelques mois. Il en revient complètement transfiguré. Lunettes noires, rock'n roll et grosse voiture: il a pris l'image. Et comme il est accueilli en héros à son retour, il en profite. Laissant son frère Danni dans l'ombre et sa soeur Dolli dans la cuisine à s'apitoyer sur son mariage raté.

Notre critique:

Qui l’avait vu, le remarquable COLD FEVER de Fridrik Thor Fridriksson? Peu de monde, vraisemblablement. Et quel dommage… Pourtant, ce réalisateur islandais mérite vraiment qu’on s’intéresse à lui. Pour deux raisons. La première: un style personnel, imagé, qui profite pleinement des paysages vides et chargés d’émotions de sa terre natale. La seconde: la justesse de son propos lorsqu’il parle des hommes, de la solitude, de la famille, de la frustration et du rêve.

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DEVIL’S ISLAND est un film social, aussi fort qu’un Ken Loach ou qu’un Mike Leigh. Chronique ingénieuse et passionnante, DEVIL’S ISLAND a la puissance de la sincérité. Il frappe là où ça fait mal. Il montre combien l’Islande a été sous l’emprise du rêve américain. Et nous, on pense à nos pays. Le désenchantement est à la mesure du rêve: cruel, il n’épargne personne, et surtout pas les innocents. Car le destin, très important dans l’oeuvre du réalisateur islandais, est aveugle. Ainsi va la vie. Tous les actes, héroïques ou minables, s’effacent en quelques fractions de seconde. Il n’en faut pas plus pour devenir un souvenir qui disparaît dans le brouillard du passé.

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Drôle souvent. Triste parfois. Injuste et révoltant par endroit. Fridriksson dose bien ses effets. Son cinéma est souple, agréable, et jamais languissant. Il brosse ses personnages en accumulant des petits détails véridiques. L’enfant qui boîte et qui suit le grand-père comme son ombre. L’obèse alcoolique lanceur de poids qui est disqualifié à vie pour avoir triché dans une compétition nationale. Autant de figures fouillées, décrites avec soin, qui finissent par prendre consistance et vivre pleinement sur la toile.

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DEVIL’S ISLAND ne doit pas vous faire peur. Malgré son origine insolite (l’Islande), il est tout à fait accessible. Il aborde des thèmes universels, mais nous les présente avec un regard nordique. Ce sera l’occasion de découvrir cette île éloignée, fouettée par le vent et victime des mêmes fléaux que chez nous.

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Journaliste