Titre français: Le Sortilège Du Scorpion De Jade

Equipe:
Durée: 102‘
Genre:
Date de sortie: 26/02/2002
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

New York, 1940, chapeau feutre vissé sur les oreilles, imperméable fripé et démarche décidée, CW Briggs enquêteur mascotte de la compagnie d'assurance North Coast, vient une fois de plus d'élucider une affaire grâce à son peu orthodoxe système D et sa géniale intuition. Cette nouvelle réussite de Briggs n'est pas sans agacer l'ambitieuse et énergique Betty Ann Fitzgerald fraîchement engagée pour justement moderniser la compagnie en rationalisant et faisant la chasse à ce genre de méthodes qu'elle juge archaïques et obsolètes. Entre la séduisante et redoutable administratrice et le misogyne et dur à cuire détective, la guerre est ouvertement déclarée. Afin de tenter d'arrondir les angles et de calmer les tensions, Magruder le patron de la boîte, les incite à participer à une fête donnée en l'honneur de l'anniversaire d'un collaborateur. Au cours de la soirée, le magicien Voltan hypnotise les deux ennemis jurés à l'aide du scorpion de jade dont le sortilège va les entraîner dans de rocambolesques aventures.

Notre critique:

Depuis ANNIE HALL en 1977, atteint comme chacun le sait du syndrome du film par an, Woody Allen voit régulièrement sa filmographie comparée à la culture vinicole. On entend ainsi parler tantôt de cuvée moyenne tantôt de grand cru sans compter les études comparatives et qualitatives de chaque millésime. Bien que quelques grands noms du cinéma aient décidé de se lancer en parallèle de leur carrière dans l’art du vin et sa fabrication, il semble cependant que ce rapprochement oenologique soit devenu une mauvaise habitude facile et réductrice que cette fois-ci nous n’utiliserons pas. Petrus ou piquette, la saveur des films de Mr Allen tout comme son talent et son imagination méritent mieux que ça, d’autant plus que parce que c’est lui on a tendance à faire un peu trop souvent la fine bouche.

Flanqué d’un titre mystérieux et farceur, LE SORTILEGE DU SCORPION DE JADE est avant tout une merveilleuse invitation à l’amusement et à la fantaisie. Et pour mieux nous séduire le réalisateur new-yorkais nous propose un petit plongeon dans sa période fétiche, les années 40. Age d’or du film noir et aussi de la comédie américaine où les femmes étaient fatales, les bars enfumés et les hommes maigrichons ou bedonnants, toujours élégants. En parfait cinéphile qui connaît ses classiques Allen rend ici un bel hommage à ces deux genres qu’il affectionne agrémentant le tout d’un clin d’oeil malicieux aux couples légendaires Hollywoodiens façon Katharine Hepburn / Spencer Tracy. Si les spécialistes du genre sauront reconnaître l’inspiration délibérée pour les décors d’un classique de Minnelli ou les références pastichées à l’univers de Howard Hawks ou de Billy Wilder, nulle obligation de vous plonger dans une encyclopédie du cinéma pour apprécier cette savoureuse comédie loufoque.

Contrairement à un authentique récit policier où l’on a tendance à faire un bond sur son fauteuil à chaque indice, ici l’énigme à résoudre nous est tout de suite révélée. Du coup notre statut de simple spectateur prend du galon et nous voilà dès les première mesures swingantes complètement impliqué dans l’histoire avec le grade de confident des secrets de chacun des personnages. Tandis que les protagonistes nagent en pleine confusion et perdent pied dans des situations abracabrandes, tout loisir nous est donné de bondir de rire sur nos sièges. Gags cocasses et répliques qui tuent pleuvent à gogo et l’on se délecte à compter les points lors des savoureuses prises de bec entre le réalisateur-comédien, inimitable en privé minable et grincheux et une impeccable Helen Hunt en supérieur pète-sec et frustrée. Rien qu’à elle seule la scène d’hypnose entre ces deux là et la mine de cockers somnolents qu’ils se payent vaut le déplacement et son pesant de pop-corn. Et qu’importe si les ficelles hypnotiques ne datent pas d’hier ou que le thème de la bataille des sexes et le principe de l’attraction / répulsion sont des vieux procédés de base de la comédie puisque c’est à des fins d’amusement et de pur plaisir. Tout comme la surprenante apparition de Charlize Theron en vamp glamour (qui n’est pas sans évoquer une certaine Véronica Lake), les clichés du genre sont ici uniquement détournés et parodiés dans le but de saluer et célébrer la nostalgie et la grandeur de ce cinéma.

Débarrassé de ses complexes d’auteur, rangeant ses tourments métaphysiques aux vestiaires sans pour autant renier ses vieilles marottes, Woody Allen nous offre ici un divertissement de haut vol. Magique, drôle et irrésistible son SORTILEGE est un régal de bonne humeur et de finesse qui donnerait presque envie à tout le monde de lui dire « I love you ».

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Journaliste

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