Equipe:
Durée: 100‘
Genre:
Date de sortie: 29/10/1996
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

James et Catherine Ballard ont réduit leur sexualité à se raconter leurs infidélités mutuelles. Suite à un accident de voiture, James rencontre Helen Remington et Vaughn. Fétichistes de la mécanique, ils relient la violence des accidents à l'acte sexuel. Et le couple Ballard se laisse entraîner dans la recherche du plaisir extrême, où la chair jouit contre la tôle froissée...

Notre critique:

Au rythme de la superbe musique d’Howard Shore, les lettres métalliques du générique défilent… Au fur et à mesure qu’elles s’approchent, éclatantes, les éraflures, les irrégularités de l’acier apparaissent. L’essence même de CRASH est là, déjà résumée dans ce lent générique où, sous l’apparente froideur du métal, se cachent les imperfections d’une humanité technologique. Le reste du film en sera tout simplement l’illustration.

CRASH a soulevé la controverse à Cannes. Comme tout film intelligent se doit de le faire. Comme tout film d’auteur le fait. Certains l’ont compris, d’autres l’ont pris au premier degré et l’ont rejeté en bloc.

CRASH est une oeuvre minimaliste qui marque une étape de plus dans l’évolution du cinéaste canadien David Cronenberg. Entendons-nous bien: minimaliste n’est pas à prendre ici dans son sens péjoratif mais bien plutôt dans celui, transcendant, qui caractérise l’économie des moyens employés pour parvenir à exprimer l’essence même d’un sujet. C’est dans cette voie explorative que Cronenberg s’est glissée avec DEAD RINGERS, NAKED LUNCH ou M. BUTTERFLY.

Dans CRASH, à l’instar de VIDEODROME, les rapports étroits de l’homme et de la technologie sont visualisés. Mais, contrairement au premier, CRASH distille son message au travers d’une narration statique, d’une dramaturgie presque inexistante. Le spectateur est immergé au milieu d’une histoire sans début et sans fin mais aussi sans réelle évolution. Cet effet de distanciation est encore renforcé par la froideur objective de la mise en scène de Cronenberg et par le détachement avec lequel ses personnages évoluent dans leur monde. Tout se passe avec une infinie douceur (les personnages n’élèvent jamais la voix, la musique est toujours en fond sonore, jamais mise en avant), douceur en complète opposition avec le caractère sexuel des scènes, la violence des accidents et des sentiments. L’objectivité du réalisateur est ici poussée à son comble. Cronenberg pose le spectateur en observateur et non en participant pour lui permettre de s’intégrer et s’identifier au rôle de voyeur à l’image des protagonistes du récit. Ce voyeurisme objectivisé laisse tout loisir à l’assistance de se poser les questions essentielles selon Cronenberg: l’humain et le technologique (ici métaphoriquement représenté par la voiture) peuvent-ils vivre ensemble et à quelle condition? Comme dans ses films précédents, le réalisateur cherche les moyens de fusionner chair et métal. L’énergie développée lors des accidents de voiture serait-elle le facteur de transfert de l’âme dans la technologie ou bien ces deux entités resteront-elles à jamais séparées? A l’issue du film, il semble que la réponse soit claire: Vaughan (Elias Koteas) a montré le chemin, sa mort et sa voiture serviront à James Ballard (James Spader) et à Catherine (Deborah Unger) pour atteindre la plénitude sexuelle au sein d’un monde technologique…

Pour servir son propos, Cronenberg a réuni une distribution des plus intéressantes et des plus diversifiées sans pour autant casser son objectif. Tous les interprètes, depuis James Spader jusqu’à Rosanna Arquette, en passant par l’étonnante Holly Hunter, se sont coulés dans le moule de réserve que leur a façonné le réalisateur. Ils semblent ne former qu’une seule et même entité entièrement dédiée à son rôle, souple, calme et n’offrant aucun relief aux événements du récit.

Bien sûr, ces parti pris de mise en scène et de narration ne rendent pas l’abord du film très facile mais ils contribuent clairement à faire de CRASH une oeuvre maîtrisée approchant une certaine perfection et une des adaptations de roman les plus réussies de ces dernières années.

A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...