Equipe:
Durée: 104‘
Genre:
Date de sortie: 02/03/2004
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Engoncé dans un costume sombre sans l'ombre d'un faux pli, le nœud de cravate impeccablement fixé entre la glotte et la luette, la démarche aussi souple que celle d'un manche à balai, William Faber a le physique de l'emploi. Oui mais lequel? Alors que d'ordinaire il étudie et ausculte colonnes de chiffres et factures, cet après-midi là, les déclarations que va lui déballer la troublante Anna n'ont rien à voir avec les revenus de cette mystérieuse cliente. Dans ce vieux bureau capitonné où chaque grain de poussière n'a pas sa place, sous le regard globuleux et ahuri de William, la jeune femme se livre sans pudeur à des confessions et des secrets très intimes. La faute aux longs dédales de couloirs des immeubles parisiens, à la désobligeance d'une concierge pas très loquace, acte manqué ou problème d'orientation, Anna a tout bêtement confondu la porte du psy avec qui elle avait pris rendez-vous avec celle de ce pauvre conseiller fiscal raide comme la justice. Dépassé par ce qui lui tombe sur le divan, pas mal intrigué et un brin voyeur, William n'ose pas avouer à Anna sa méprise et va même jusqu'à convenir avec elle d'une seconde séance.

Notre critique:

Il nous avait déjà fait le coup avec RUE DES PLAISIRS et remet ça avec CONFIDENCES TROP INTIMES, eh oui il faut bien avouer que Patrice Leconte n’a pas toujours le chic pour choisir les titres de ses films: Primo ça prête à confusion et si l’on ne sait pas qu’il en est le réalisateur, on risque de se tromper de salle pour se retrouver au milieu d’une faune majoritairement masculine et particulièrement énervée. Secundo quand on prend le temps de lire le générique, on augmente les chances de rester calfeutré dans son canapé en se disant que le temps où le monsieur faisait dans le léger et potache est définitivement enterré. Bon certes, si l’époque des doudounes et maillots des BRONZES est depuis belle lurette rangée entre deux boules de naphtaline, n’oublions pas trop vite que dans le registre plus grave et sérieux il nous a tout de même gratifié de jolis moments cinématographiques comme on dit (MONSIEUR HIRE, LE MARI DE LA COIFFEUSE, TANDEM).

Tantôt boudé par la critique, tantôt par le public, parfois même les deux, plus ou moins en colère ou inspiré, mais toujours prolifique, Leconte réglé comme un coucou Suisse, nous livre donc ici son opus annuel et osons le dire, c’est une agréable surprise qui tient la route. Partant d’un quiproquo initial simpliste et quelque peu improbable (quoique croyez-moi avec cette manie de ne pas mettre de nom sur les portes à Paris y’a parfois de quoi faire de drôles de rencontres), CONFIDENCES TROP INTIMES nous ballade au moins pendant une petite heure dans un subtil jeu du chat et de la souris où le manipulateur n’est pas toujours celui qu’on croit. Titillé par l’étrange relation perverse et incertaine qui se noue entre les deux principaux personnages, interpellé par une série de questions que viennent contredire une rafale d’énigmatiques réponses, sous l’effet d’une cogitation certaines de nos neurones on en vient vite à rouler des yeux à la manière d’un Luchini qui pour une fois (ouf ça fait du bien) est surprenant de mutisme et d’introversion devant une Sandrine Bonnaire charmeuse et excellant dans l’ambiguïté.

Rencontre étonnante entre une carpe pas cabotine pour un sou (oui je sais j’insiste mais vraiment Luchini est soufflant et apaisant de silence et de retenue)et un drôle de caméléon fort séduisant. Ni pure comédie, ni véritable drame, ce huis clos qui oscille finement entre fantaisie et gravité repose pour beaucoup dans sa réussite sur la complicité de ses interprètes justes et fort attachants. Du coup lorsque son réalisateur se hasarde à les faire prendre un peu l’air en extérieurs le temps de deux ou trois séquences pas franchement utiles, la petite mécanique a tendance à quelque peu s’enrhumer et la tension à malheureusement baisser pour s’emberlificoter les tuyaux dans une fin un peu trop facile. Quoi qu’il en soit pour reprendre la température avec son public Leconte ne s’en sort pas mal du tout.

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