Equipe:
Durée: 117‘
Genre:
Date de sortie: 02/01/2001
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Anne, jeune comédienne se lance dans le cinéma. Son ami, Georges est photographe de guerre. Le père de Georges est agriculteur, mais son frère cadet refuse de reprendre la ferme familiale. Amadou travaille dans un institut pour sourds-muets, tandis que Maria mendie pour envoyer de l'argent dans sa Roumanie natale. Le destin de tous ces personnages se noue autour d'un simple bout de papier chiffonné...

Notre critique:

La prolifération des digicodes dans les immeubles parisiens est un sujet qui n’est guère enclin à susciter un quelconque intérêt chez quiconque. Pourtant c’est en partant de ce constat que l’autrichien Michael Haneke a imaginé le titre de son film. En effet, sans code aucune porte ne s’ouvre et l’on ne rentre nulle part.


C’est donc sur l’un de ces grands boulevards de Paris où les portes sont bien fermées que sa caméra nous entraîne avec comme point de départ un malheureux bout de papier froissé jeté dans les mains d’une mendiante. Ce plan-séquence de neuf minutes démarrant sur un geste anodin va pourtant provoquer un microdrame urbain et dévoiler les trajectoires de personnages qui, bien que différents, sont tous en mouvement à la recherche d’une place et d’un territoire, dans leur vie mais aussi au sein de la société. Il y a Anne (Juliette Binoche) la comédienne qui voyage de rôle en rôle, son ami Georges (Thierry Neuvic) photographe de guerre qui part souvent pour ramener la souffrance des autres en images. Mais aussi Amadou (Ona Lu Yenke) qui navigue entre trois pays dans la même ville, avec sa famille africaine, ses petites amies blanches et les enfants sourds et muets dont il s’occupe. Et enfin Maria (Luminita Gheorghiu) clandestine partie de Roumanie qui gagne sa vie et celle des siens en mendiant. Au delà de leurs diversités, chacun de ces personnages connait la difficulté de communiquer mais aussi le sentiment de l’humiliation.

Les connaisseurs et habitués du Herr Haneke ne seront donc pas étonnés de retrouver une fois encore les thèmes de prédilection de cet intégriste du cinéma de l’autoréflexion qui depuis plus de 10 ans part en croisade contre le divertissement. L’aliénation et la destruction de l’être humain face à la société de consommation, la violence qu’engendre le comportement matérialiste, les barrières sociales insurmontables, la perte d’identité et le manque de communication sont une nouvelle fois passées à la moulinette Hanekenne. Tout de même cette fois-ci on ne retrouve pas l’uppercut de BENNY’S VIDEO ou encore de FUNNY GAMES, mais si le monsieur se résout à oter ses gants de boxe ce n’est que pour mieux nous en faire sentir la froideur. Tout comme dans 71 FRAGMENTS D’UNE CHRONOLOGIE DU HASARD, l’un de ses films précédents, c’est l’arme de la mise en scène qu’il brandit ici.


Construit exclusivement à grands coups de plans-séquences filmés en temps réel, CODE INCONNU propose ainsi au spectateur des scènes de vies fragmentées comme la réalité peut l’offrir. Ce parti pris se voit renforcé par des coupures imprévisibles sous la forme de plans noirs de plusieurs secondes, destinés à amener une réflexion sur la séquence et à imaginer la scène hors cadre.

Si ce nouveau film (à décoder?) est plus respirable que les précédents, il n’en demande pas moins une grande disponibilité. Face à la rigueur de la mise en scène, la gravité des propos et le regard désabusé de son réalisateur, tout comme les personnages du film, deux attitudes s’opposent. D’une part le repli sur soi et d’autre part l’ouverture vers les autres. Si c’est ce deuxième sentiment qui vous habite à la sortie du film, Michael Haneke pourra alors dire qu’il a gagné une bataille.

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