Equipe: Gaspar Noé, Romain Guillermic, Sofia Boutella, Souheila Yacoub
Durée: 95‘
Genre: Drame fantastique
Date de sortie:
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Une femme habillée d’une tenue de danse noire marche dans la neige et tombe au bout de quelques pas laissant dans la neige des traces de sang alors qu’elle se traine sur le sol avant de s’immobiliser.

Notre critique:

On connait le côté éminemment provocateur de Gaspar Noé. Que cela soit IRREVERSIBLE, ENTER THE VOID ou plus récemment LOVE, ce magnifique faiseur d’images flirte souvent avec l’insupportable, et déchaîne à chaque fois les passions les plus vives (entre haine et amour inconditionnels) en déversant sur l’écran son peu de foi en l’humanité.

Présent dans la compétition de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes 2018, CLIMAX a peut-être un peu moins prêté à controverse que ce à quoi on pouvait s’attendre. Il faut dire que le pitch semble à priori moins “fort”: une chorégraphe de renom (incarnée par Sofia Boutella teinte en blonde pour l’occasion et complètement habitée par le rôle) recrute des jeunes danseurs pour un spectacle et les réunit dans un lieu perdu au milieu de la neige, pour une série de répétitions.

Climax

Mais, avec Noé, rien n’est jamais ce qu’il prétend être. Et il faut toujours s’attendre au dérapage. Particulièrement lorsque, lors d’un plan séquence sur une télé déversant les interviews des candidats au casting de danseurs, les étagères côté droit de l’écran TV, montrent une série de jaquettes de cassettes VHS aux titres évocateurs: VIBROBOY, ZOMBIE, THE LABYRINTH MAN, QUERELLE, SUSPIRIA, POSSESSION, … Chaque détail a son importance.

Car si l’on peut reprocher beaucoup de chose (en tout cas du côté de ses détracteurs) à Gaspar Noé, on peut difficilement le taxer de gratuité dans ses images. En effet, il tente toujours de donner dans chacune de ses plans, toutes les pistes nécessaires à une meilleure compréhension de la signification de ses films. Et les cassettes VHS en tout début de film sont bien là pour nous dire: attention, le film que vous allez voir s’inspire de quelques-uns de mes films de chevet, vous voilà prévenus.

Et effectivement, très vite, après une séance de répétition endiablée (les acteurs sont tous des danseurs confirmés que Noé a laissé libre de créer leur propre chorégraphie), le cauchemar peut commencer lorsque certains d’entre eux se rendent compte que le punch servi pour la petite fête de fin des répétitions semble avoir été arrosé d’une substance pour le moins illicite qui les transforme en bêtes libérant toutes leurs pulsions.

Climax

Et très vite on pense à des films de Cronenberg qui ne sont pas dans les cassettes du début, SHIVERS, RABID, car si le vecteur de la folie n’est pas le même le résultat tourne autour de la même disparition des inhibitions au profit de pulsions animales.

Alors bien sûr, Noé n’est pas Cronenberg, beaucoup moins cérébral, beaucoup plus dans la manipulation de l’image pour l’image, mais le final époustouflant, sans répit, plonge le spectateur dans une horreur intense et dérangeante. Tourné en 15 jours, CLIMAX a plutôt conquis la croisette que vraiment divisé, et c’est probablement mieux ainsi.

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A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...