Equipe:
Durée: 99‘
Genre:
Date de sortie: 02/12/1997
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

L'histoire prend place à Tolzbad, une communauté perdue dans les montagnes, là où le moindre bruit peut déclencher une avalanche. Pas question donc de siffler une nana dans la rue ou de jouer du tambour. Le silence est roi et l'éternuement tue. Et si vous voulez faire la fête, il ne vous reste plus qu'à participer au concert de cors (des tuyaux piqués dans une décharge et repeints de toutes les couleurs) qui a lieu au point nodal le plus proche. Vous savez, ces endroits où l'écho s'annule de lui-même.
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Bon. Plaçons dans ce contexte une famille peu commune: la mère, sexy et mystérieuse, et trois frères. L'aîné est enfermé au grenier. Les deux cadets vont à l'école de majordome, briguant la place tant convoitée de serviteur au château du comte. Tout va pour le mieux jusqu'à ce que l'amour, la haine, Oedipe, son complexe, et tout le bazar s'en mêlent et précipitent la joyeuse famille dans les affres du malheur...

Notre critique:

Guy Maddin est un réalisateur canadien que seul les plus avertis connaissent déjà, avec TALES FROM THE GIMLI HOSPITAL et ARCHANGEL. Il sévit dans le secteur Art et Essai. Et affirme aujourd’hui une propension à l’Essai.

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CAREFUL illustre au mieux son talent: transformer des bouts de ficelle en une sorte de film-mutant, d’environ une heure trente, qui raconte un ersatz d’histoire. Même s’il travaille à partir d’acteurs qu’il filme avec des caméras, il aboutit à des plans qui ne ressemblent que de très loin à ce que nous avons l’habitude de voir au cinéma! Ses images sont délirantes, hallucinées, imaginaires. Bizarres, en fait…

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CAREFUL est un conte noir pour adultes. Le récit est censé se passer en pleine montagne, mais Maddin n’a qu’un studio. Du coup, il improvise. Pas mal, d’ailleurs. Les décors sont composés de matériaux de récupération et autres objets exotiques empruntés vraisemblablement à des connaissances, ou achetés au rabais dans une foire de mauvais goût. Pour les extérieurs, il installe quelques personnages devant un décor en carton et les laisse deviser de la pluie et du beau temps, en pointant hors champ la vallée des amoureux, ou le sommet de la montagne. Efficace!

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Efficace, mais un peu claustrophobique. A force de rester entre les mêmes quatre murs de studio, le film finit par dégager un léger parfum d’Ed Wood, qui n’est certes pas désagréable, mais qui finit par nous tourner la tête et nous endormir…

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Articulé en deux parties, CAREFUL commence fort. La description de la communauté est jouissive, pleine d’ironie noire et de dialogues décalés. Les acteurs jouent au second degré, et on rigole à s’en tordre les gencives (faites attention si vous voyez ce film en montagne). Mais, tout à coup, alors qu’apparaît l’intertitre seconde partie, le ton change. A peine sorti d’une scène gore tordante, Maddin nous entraîne dans un drame poisseux et convenu. Il perd ses moyens et est nettement moins créatif. Là où précédemment, la moindre scène était prétexte à rire, il commence à aligner des images lourdingues et banales. Sa réalisation forte en couleur, très dépouillée, cadrée serré, pâtit de la longueur. Le plaisir de filmer qu’on ressentait au début s’est mué en amateurisme un peu ampoulé et lent… à s’endormir.

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CAREFUL est intéressant, mais reste trop marginal. Pour ceux qui tentent l’aventure: munissez-vous de gants, de passe-montagnes, d’une bonne grosse écharpe, et surtout d’un thermos de café fort. Qui a dit que le Burkinabé se trouvait sous l’équateur ?

A propos de l'auteur

Journaliste