Equipe:
Durée: 130‘
Genre:
Date de sortie: 29/10/1996
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

CAPITAINE CONAN est basé sur un roman de Roger Vercel paru en 1934. L'action se déroule à la fin de la guerre 14-18. A la frontière bulgare, l'armée d'Orient remporte sa première victoire et provoque la reddition de la Bulgarie. Une victoire rendue possible grâce à Conan et sa troupe de cinquante guerriers sortis de prisons militaires. Ils nettoient l'ennemi au couteau, les yeux dans les yeux. Après l'armistice, l'armée n'est pas démobilisée mais elle est casernée à Bucarest. Conan et ses hommes supportent mal cette paix forcée. Défigurés par quatre ans de meurtres "banalisés", ils deviennent des monstres à la dérive. L'ami de Conan, Norbert, un jeune licencié en Lettres, est nommé malgré lui au poste de commissaire-rapporteur. Leur amitié et leur morale sont mises à rude épreuve.

 

Notre critique:

Les films de Tavernier (L’APPAT) font mal. Dans CAPITAINE CONAN, le réalisateur français nous expose sans complaisance la face cachée des hommes, cette partie brute et instinctive que, parfois, les événements et les circonstances ramènent à la surface. Ici, les hommes rampent dans la boue, tuent leurs semblables, se battent pour survivre. Et nous, spectateurs, nous encaissons les coups… rn

Tavernier démonte le lent mécanisme par lequel la guerre empoisonne le coeur des soldats. Comment, du jour au lendemain, des héros peuvent se transformer en assassins. Comment ceux qui n’ont pas supporté la folie sanguinaire se retrouvent ensuite sur le banc des accusés. En deux heures, ces questions trouvent leur réponse dans la désillusion et la fatalité. Nous suivons le destin de Norbert, l’intellectuel aux bons principes, et de Conan, la brute. Deux caractères complexes et torturés. Deux victimes de la guerre qui luttent, chacune à sa façon, contre ses séquelles. CAPITAINE CONAN est une histoire sans concession, qui traîne l’armée dans la boue et crache sur les militaires. Peut-on vraiment lui en vouloir ? rn

Le sujet, déjà fort, est transcendé par les images superbes de Tavernier. Tel un virtuose triste, il plane au-dessus des champs de bataille ensanglantés. Sa caméra, à coup de mouvements amples et souples, construit peu à peu une fresque inoubliable. Et puis, elle cadre les hommes, aussi. Leurs visages, et leurs regards. Des hommes incarnés par des acteurs méconnus (voire carrément inconnus), qui donnent tout ce qu’ils ont dans le ventre. Et ils en ont. Le résultat est stupéfiant. rn

C’est cela, la magie du cinéma.

 

A propos de l'auteur

Journaliste