Equipe:
Durée: 87‘
Genre:
Date de sortie: 10/09/1996
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Le producteur Sy Lerner fait le pari d'amener n'importe quel inconnu à Cannes et d'en faire l'événement du Festival. Un chauffeur de taxi new-yorkais est ainsi présenté comme "le plus grand scénariste depuis Faulkner et Hemingway". Investisseurs et stars commencent à s'intéresser à son film inexcistant...

Notre critique:

Il y a des choses dont il faut parler. CANNES MAN en est une.

Mettons directement les choses au point, CANNES MAN n’est pas un grand film. Ce n’est pas la révélation mystique devant laquelle il faut s’esbaudir sous peine de passer pour le néanderthalien de service. Mais c’est quand même une joyeuseté drôlement sympa.

C’est une rigolote pirouette faite pour 3 francs, 6 sous durant le festival de Cannes 95 qui nous raconte comment, pour gagner un pari, un producteur de fond de panier, Sy Lerner, parvient à monter un film en faisant croire à tout le monde qu’il a en main un script en béton écrit par le nouvel Hemingway alors qu’il n’a pour tout bagage qu’un culot démesuré.

CANNES MAN raconte, en gros, sa propre histoire (pour bien comprendre cette phrase, allez voir le film!) ce qui justifie une mise en scène style « reportage ». Au passage ça permet de justifier le côté fauché et, ici et là, bâclé de l’entreprise (ah ça tout n’est pas raccord, raccord…). Mais c’est pas grave. Ca marche. C’est gai. C’est Cannes. Avec plein de moments où on ne sait trop si on a droit à de l’improvisation, à du pris sur le vif ou à de la reconstitution. Ca donne à l’ensemble un caractère authentique assez troublant parce qu’à force on ne sait plus où commence et où s’arrête la mystification.

Expérience pour cinéphiles poilante donc.
Mais là où plus rien ne va, c’est que personne ne parle de ce film.
Je l’ai vu le vendredi 13 septembre au Kinépolis (comment et pourquoi ce film improbable a-t-il atterri là?) dans la salle numéro 24. C’est une salle de 141 places. J’y étais seul. Un couple y est bien rentré après moi pendant le passage des bandes annonces mais il en est ressorti quelques minutes après s’étant vraisemblablement trompé de salle ou n’ayant pas le courage d’affronter la vision d’un film rassemblant aussi peu de suffrages.

Cela fait près de 10 ans que je vois des films au Kinépolis à raison de 2 ou 3 par semaine. Jamais au grand jamais je ne me suis retrouvé seul dans une salle et surtout pas un vendredi soir.

C’est clair que pour apprécier le film, il y a intérêt à s’intéresser un minimum au monde du cinéma hollywoodien et à son mode de fonctionnement.

Alors bon, allez voir CANNES MAN. J’veux dire, y a des bouses qu’on nous force à ingurgiter de force tant on est bombardé par la pub et le merchandising. TWISTER, MISSION IMPOSSIBLE, INDEPENDENCE DAY, on ne se rend même plus compte qu’on n’a pas décidé de les voir. A côté de ça, il y a ce p’tit film assez schtroumpf et personne ne sait qu’il existe. J’ai passé plus d’une heure sur le web à chercher des références sur CANNES MAN: rien. Rien du tout.

Allez le voir, quoi. En plus, il n’est pas long. 90 petites minutes. Au moins vous aurez fait oeuvre utile. Et si vous n’êtes pas contents, vous pourrez m’engueuler par e-mail.

Y a des films je m’en fous qu’on n’en parle pas. Le dernier Olivier Assayas par exemple, bof, ouais, bon… Mais ici, il y a une idée derrière! Et puis il y a aussi Johnny Depp, Jim Jarmush, John Malkovich, Menahem Golan, Marc Duret, Dennis Hopper, Chris Penn, Treat Williams, Jim Sheridan et encore d’autres… Et pas seulement pour des apparitions de quelques secondes. Chacun intervient plusieurs minutes et participe vraiment à la construction du film.

Allez, je vous raconte TWISTER, comme ça vous ne devrez plus aller le voir et ça vous laissera du temps pour CANNES MAN.
Dans TWISTER, il y a 5 sortes de tornades, de F1 à F5, lesquelles peuvent être des normales, des jumelles, des sauteuses, voire même le doigt de dieu. Et à la fin les bons gagnent. (- Non? – Si, si, j’te jure.).

Dépêchez-vous, à mon avis mercredi prochain, il quitte l’affiche (CANNES MAN, pas TWISTER évidemment!).

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Journaliste