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Date de sortie: 18/06/1996
Cotation: o (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Ostende. Camping Cosmos. Envoyé par le Ministère de la Culture, Jan Buscquoy tente d'initier les masses populaires à la culture. Mais les pue-la-sueur en villégiature sont plus intéressés par le foot, la bière et la poitrine de Lolo Ferrari que par les discours de Pierre Mertens...

Notre critique:

Pfff…

Jan Bucquoy: provocateur. Trublion farceur de l’ordre établi. Chahuteur burlesque d’un royaume qu’il insupporte.

Jan Bucquoy : cinéaste. En fait, pas vraiment. D’abord le cinéma, il n’aime pas ça et ne se prive pas de le répéter à qui veut l’entendre. N’empêche, en 93, il fait LA VIE SEXUELLE DES BELGES, premier volet d’un triptyque autobiographique sans complaisance. L’idée semble être de laisser une trace honnête de son engagement d’empêcheur de ronronner en rond. Si son premier long métrage souffre de défauts techniques majeurs – ce dont il se contrefiche puisque plus que de cinéma, c’est de témoignage que Bucquoy se préoccupe -, LA VIE… était une pellicule hautement sympathique truffée d’élans de sincérité dont l’évidence masquait sans peine les maladresses.

CAMPING COSMOS était donc attendu avec un intérêt certain et même un indéniable a priori positif.

Patatra!

Jan Bucquoy s’est voulu plus provocateur, plus trublion et plus chahuteur que dans son premier opus. Il ne parvient malheureusement qu’à être plus plat, plus vulgaire et plus creux.

En nous relatant les tentatives faites au sein du microcosme d’un camping de la côte belge pour amener la culture auprès des couches populaires, Bucquoy a pris l’option du patchwork. C’est une collection de portraits des principales figures évoluant au camping et de saynètes vécues pendant cet essai d’apprivoisement culturel. On y voit donc le belge (très) moyen confronté aux vacances et à la culture. Autant vous dire qu’on est loin des VACANCES DE MONSIEUR HULOT!

Car le problème de cette accumulation d’instantanés comico-vulgaires sensés dénoncer tant la bassesse de plafond du commun des belges que la vacuité légèrement hypocrite des évangélisateurs cultureux (c’est vrai qu’il n’est toujours pas complaisant envers lui-même le Jan!), c’est qu’elle ne véhicule pratiquement aucune idée, aucun message. Toute provocation tourne ici à vide et n’aboutit qu’à un profond sentiment d’ennui ou de malaise.

On taira pudiquement l’indigence totale de la mise en image (encore une fois, le but de Bucquoy n’est pas de faire du cinéma, difficile de le critiquer sur ce plan donc…), pour regretter que même la direction d’acteur soit d’un total laisser-aller. Compère trimbale une mine de cocker bouilli du début à la fin, Claude Semal en roue libre fait ce qu’il peut: c’est à dire pas grand chose, Noël Godin (Tarte-man) en Pierre Mertens maladroit est pathétique. La seule qui ait des regards vrais et des accents de sincérité dans son jeu est Fanny Hanciaux, jeune donzelle prometteuse qui interprète la fille de Jan Bucquoy. Un bon point aussi pour le caméo réussi de Jan Decleir.

Ce qui est énervant dans le cas de ce ratage, c’est que Bucquoy, en provocateur authentique, s’en tirera toujours par une pirouette pour le défendre. Le plus bel exemple étant de l’entendre clamer être ravi de ne laisser personne indifférent.

Arrête de ramer Jan, t’attaques la falaise.

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Journaliste