Titre français: Aniki, mon frère

Equipe:
Durée: 115‘
Genre:
Date de sortie: 09/01/2001
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Yamamoto, un yakuza de la vieille école, refuse de se soumettre aux diktats du clan ennemi à la suite de l'assassinat de son chef, signant ainsi son arrêt de mort.
Obligé de quitter le Japon et de s'exiler aux Etats-Unis, il part à la recherche de son demi-frère Ken (Claude Maki / A SCENE AT THE SEA). Lunettes noires et mine impassible, le voilà parachuté au pays de l'Oncle Sam où tout lui est étranger, y compris la langue (ce qui nous vaut quelques scènes d'anthologie et les 10 premières minutes avec un Beat Takeshi muet), et décidé à faire de Ken et sa bande de dealers des yakusas de stricte obédience. Rejoint par Kato (Susumu Terajima), son loyal lieutenant, il va devenir leur mentor, leur Aniki (grand-frère), soumettant sa stricte loi pour agrandir le clan, allant même jusqu'à défier la mafia.

Notre critique:

Rentré de sa virée Holywoodienne, Takeshi Kitano nous rapporte dans ses valises un film bazooka qui n’a rien de la carte postale touristique et confirme le talent qu’on lui connaissait.


Pour sa première oeuvre hors Japon co-financée par le producteur britannique Jeremy Thomas (rencontré il y a 20 ans sur le tournage de FURYO) c’est dans la Cité des Anges qu’il a décidé de tenter l’aventure, ressortant de ses tiroirs un scénario écrit il y a quelques années après le tournage de KIDS RETURN. Mais si délocalisation il y a, qu’on se rassure, les clichés du rêve américain n’ont aucune place dans le monde de Kitano, la marque de fabrique et les signes si singuliers et caractéristiques du monsieur sont bel et bien là. Pourtant, ça n’a pas été simple et il a dû batailler ferme pour garder son équipe habituelle tout en y intégrant des assistants US (conventions syndicales obligent). De même le montage initial de trois heures (Kitano se gardant l’exclusivité du final-cut) rogné à moins de deux heures (selon les termes du contrat) et qui sans l’affecter a rendu le rytme du film plus sec et cassant qu’à l’accoutumée.

Mais, fidèle à ses codes, Kitano ne souffre aucun renoncement ou compromis tout comme son personnage Yamamoto. Au regard du scénario, la tentation était grande de faire de BROTHER un film schématique jouant sur les antagonismes et le choc des cultures mais Kitano nous a déjà par le passé appris que les apparences sont trompeuses et qu’il ne faut pas s’y fier. Si son objectif premier était de montrer le mode de fonctionnement des yakusas dans un contexte inédit, ses idées fixes et obsessions refont surface, faisant de BROTHER un polar noir, sec et violent qui intrigue et fascine. Au passage sa rencontre avec l’Amérique lui permet d’épingler la suffisance, le racisme ou encore la vulgarité de ses autochtones et de se moquer de certaines figures imposées du cinéma d’action made in USA allant même jusqu’à baptiser ses gangsters de noms de célèbres chefs militaires japonais de la seconde guerre mondiale.

Charlot nippon, Buster Keaton du soleil levant, depuis dix ans qu’il coiffe la casquette réalisateur-acteur, Beat Takeshi promène de film en film son personnage immuable, déclinant ses thèmes de prédilection: côté sauvage et puéril de l’homme, rapport avec les femmes (cette fois encore un seul personnage féminin), relation avec la mort (l’idéogramme de celle-ci représenté avec des cadavres). Ici la violence est poussée à son paroxysme, les doigts et les têtes tombent, les balles pleuvent à gogo, tantôt insupportable, tantôt ridicule (peu de réalisateurs pouvent se targuer de déclencher l’hilarité lors d’une fusillade). Cette surenchère sait conjuguer avec des scènes de pure poésie soulignant plus que jamais cette réalité universelle de la violence et de la déraison.

Kitano n’a jamais été aussi japonais qu’en terre étrangère et on en vient à se demander si il n’aurait pas atteint le sommet de son art… Aligato Monsieur Kitano.

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