Equipe:
Durée: 158‘
Genre:
Date de sortie: 15/10/1996
Cotation: **** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Bess, dont l'hypersensibilité n'est un secret pour personne, se marie avec Jan, un étranger qui travaille sur une plate-forme de forage en mer du Nord. Etranger signifie en l'occurrence qu'il ne fait pas partie des habitants du village écossais où vit Bess. Un village perdu hors du temps, coincé entre rigorisme et bondieuseries (Exemple: les femmes n'ont pas le droit de parler à l'église!). Bess et Jan s'aiment.
Lorsque Jan se retrouve paralysé suite à un accident, Bess se dévouera corps et âme pour tenter de le sauver.
Ce que s'inflige Bess pour aimer son mari est une torture physique insoutenable et pourtant soutenue par une foi déconcertante dans les vertus miraculeuses de l'Amour.

Notre critique:

Le croiriez-vous, Lars von Trier a relu son Nouveau Testament il y a peu de temps et il nous en donne sa vision, originale, parfois traumatisante mais toujours maîtrisée.

BREAKING THE WAVES, c’est donc un peu (la fin de) l’histoire de Jésus mais avec un Jésus qui serait une fille. Tout y est, chemin de croix, Père pourquoi m’as-tu abandonné?, crucifixion, etc. Et tout cela au service de la même idée: le sacrifice de soi comme ultime preuve d’amour.

Certes, le message est ce qu’il est. On peut comprendre que le principe « Heureux les simples d’esprits car le royaume des cieux leur est ouvert » (l’hypersensibilité de Bess n’est rien d’autre que cette simplicité d’esprit) puisse agacer. Car effectivement, les gens doués de raison sont-ils forcément corrompus? En quoi la faculté de penser peut-elle handicaper notre faculté d’aimer? Vieille opposition, théorique, entre la sécheresse supposée de l’esprit et la générosité souhaitée du coeur. L’une ne pouvant s’empêcher de brider l’autre. Mais ce débat est mineur face au questionnement plus global qui émerge du film et qui touche ni plus ni moins à la Foi chrétienne. Foi qui repose entièrement sur l’Amour de l’Autre. A ce niveau-là, à chacun de se faire une religion et d’apprécier la démarche de Von Trier à l’aune de ses propres convictions spirituelles. Remercions-le simplement d’avoir osé aborder ce questionnement essentiel et surtout de l’avoir fait à sa manière.

Car c’est dans sa manière que BREAKING THE WAVES nous prend au ventre et ne nous lâche plus. Au diable les homélies saint-sulpiciennes! Lars von Trier nous parle de la Foi avec rage et urgence.

La caméra est violente avec le spectateur. L’image bouge sans arrêt. La lumière force parfois les limites de sensibilité de la pellicule. L’effort pour le spectateur est physique, qui doit forcer son oeil à suivre et à encaisser la rudesse de l’image tout autant qu’il doit se forcer à supporter les souffrances de Bess. Au fil des minutes, il devient clair qu’il ne s’agit pas d’appréhender mais de ressentir BREAKING THE WAVES. Quoi de plus normal finalement pour un film d’où la raison est absente?

Remercions aussi Von Trier de n’avoir pas essayé de convertir. Il ne fait que raconter l’histoire qu’il souhaite raconter, avec ses simples moyens de cinéaste.

On pourra donc au choix voir dans BREAKING THE WAVES la prière angoissée d’un cinéaste fervent ou le délire mystique d’un prédicateur halluciné. Dans les deux cas, il restera toujours un film d’une qualité cinématographique touchée par la grâce. Cela est suffisant pour mériter un instant notre respect.

A propos de l'auteur

Journaliste