Equipe: Gérard Depardieu
Durée: 104‘
Genre:
Date de sortie: 08/03/2005
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Christian Lespinglet a beau vivre sous le soleil de Provence, sa petite vie de galeriste "bobo" est plutôt terne et sans éclat. Côté travail, endetté jusqu'au cou, tandis que les factures et créances diverses n'en finissent pas de s'empiler sur son bureau, il est malheureusement encore le seul à croire qu'Hubert peintre local fainéant et prétentieux à un quelconque talent qui le tirera d'affaire. Mal dans sa peau et avec un physique plus Robert que Redford, côté cœur et sentiments ce n'est pas non plus la panacée. Comme Yseult, son épouse dépressive et surmédicamentée est plus accro à la bouteille qu'à son charme perdu, pour se consoler Christian tente désespérément de séduire Coralie, son assistante qui n'en finit pas de jouer les saintes-nitouches. C'est justement un soir où il essayait une fois de plus de la mettre dans son lit (ou plutôt de la coucher sur la banquette de son break), qu'il se retrouve malgré lui obligé de plonger dans le canal pour sauver de la noyade un SDF qui tentait de se suicider sous ses yeux. Le poisson repêché se prénomme Boudu, il est grossier et sans gêne, ne sent pas la rose, mange comme douze et va rapidement s'incruster et mettre la pagaille chez ce couple bien mal en point.

Notre critique:

« S’attaquer à Jean Renoir, il y a en a qui manquent pas d’air ou alors c’est de l’inconscience! » La bobine n’était pas encore calée sur le projecteur que déjà mon voisin pestait contre le « flibustier » Jugnot osant s’aventurer dans une version nouvelle et personnelle du BOUDU SAUVE DES EAUX de 1932 (lui même adaptation d’une pièce de théâtre de René Fauchois) avec le monumental Michel Simon. En matière de remake ou plutôt devrais-je dire de « film librement inspiré de », le mal si on peut dire avait de toute façon déjà été commis il y a 20 ans par un certain Paul Mazursky et son CLOCHARD DE BEVERLY HILLS. Alors même si Gérard Jugnot côté réalisation et mise en scène n’est certes pas un nouveau Fritz Lang (lui aussi en son temps s’étant « attaqué » au maître Renoir), en maintenant huit films il nous a désormais convaincu qu’avec une bonne dose de travail et beaucoup de sincérité il pouvait nous offrir un cinéma anti-frime et populaire. De plus, histoire de clouer le bec à mon voisin ronchon, à aucun moment notre homme n’a eu la prétention de vouloir faire une relecture du chef d’oeuvre de Renoir (qu’il avoue ne pas avoir revu depuis 30 ans) cherchant bien au contraire à s’en affranchir.

Ne gardant donc de la pièce originale que l’idée de départ (le clochard tiré de la noyade qui s’installe chez son sauveur), avec le style qu’on lui connaît et dans une atmosphère plus théâtrale que cinématographique (mais après tout le sujet et les personnages s’y prêtent), fidèle à lui-même, Gérard Jugnot signe une fois de plus un film qui lui ressemble. En choisissant de gommer toute la noirceur et le cynisme de la pièce originale pour y injecter au contraire beaucoup d’humanité et de tendresse, son BOUDU est plus un joli appel à la vie et au sourire qu’une critique féroce et satirique de la bourgeoisie. Bon d’accord, la recette est connue et convenue, les quiproquos et les situations parfois un peu trop faciles, les raccourcis scénaristiques un peu fumeux et la mise en scène un poil figée et vieillotte, mais comment en vouloir à son acteur/réalisateur tant on sent qu’il y a mis du coeur. Comment ne pas rire aux bons mots et aux facéties d’un Depardieu rayonnant et au mieux de sa forme dans un rôle énnnnnnoooorme où il se vautre avec délectation dans tous les excès le plus naturellement du monde.

Avec son trio de vedettes qui ne cache pas son plaisir (communicatif) de se donner la réplique, la bonne grosse dose de générosité qu’y a injecté son réalisateur, BOUDU est typiquement un joyeux divertissement s’inscrivant dans la tradition du cinéma populaire français. C’est pas toujours très fin ni loin d’être parfait, mais on y rit de bon cœur et ça a le mérite de chasser les gros soucis et les petits tracas. Par les temps qui courent pas sûr que tout ça soit complètement désuet…

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