Equipe: Alexandre Coquelle, Jan Kounen, Juliette Lewis, Matthieu Le Naour, Michael Madsen, Vincent Cassel
Durée: 123‘
Genre: Western
Date de sortie: 10/02/2004
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Le jeune Mike Blueberry, un cajun, est amené à Palomito dans le ranch de son oncle pour que ce dernier en fasse un homme, un vrai... A peine arrivé, cet enfant terrible s'introduit déjà par les fenêtres d'une des filles faciles du saloon, Madeleine, et y affronte un cowboy laissant bientôt le saloon en flammes avant de s'enfuir à moitié mort...

Notre critique:

Cinq ans après un DOBERMANN très décoiffant et quelque peu décevant, long métrage bien dans la lignée de son court VIBROBOY -éclaté, explosif, visuel en diable mais hélas fort creux-, Jan Kounen a pris le temps de réfléchir avant de se lancer une seconde fois dans la grande aventure. Curieusement, c’est sur l’adaptation d’une BD presque mythique: Blueberry (du couple CharlierGiraud), que ce réalisateur de clips a porté son choix.

Mais, disons-le d’emblée -comme l’annonce d’ailleurs Jan Kounen- il s’agit là d’une adaptation très libre, qui n’a que peu de connexion avec l’anti-héros absolu développé par le scénariste Jean-Michel Charlier. Ceux qui s’attendent à cela se doivent de passer leur chemin. Car la plus grosse erreur (et peut-être la seule d’ailleurs) du film est de s’appeler BLUEBERRY! Cela crée chez le spectateur une attente qui n’est hélas pas comblée tout en faisant passer celui-ci à côté du vrai film de Kounen…
En fait, le récit ne fait qu’emprunter ça et là (dans les livres NEZ CASSE, LA MINE DE L’ALLEMAND PERDU, LE SPECTRE AUX BALLES D’OR) des bribes d’histoire, construites ensuite autour d’un personnage lui aussi vaguement inspiré de Mike Donovan dit Blueberry.

Mais laissons-là les comparaisons qui pourraient faire oublier le film. BLUEBERRY, c’est avant tout le travail d’un Jan Kounen maîtrisant son amour des images en en gommant les excès pour mieux servir son propos sans que chaque plan soit plus ébouriffant que le précédent… Et il réussit à nous surprendre en se lançant dans un western chamanique, mystique voire psychiatrique, qui repose essentiellement sur le non-dit. Car BLUEBERRY, c’est vraiment l’expérience d’un voyage de l’inconscient, un voyage visuel dans l’enfer de la culpabilité. Formellement, le film est très réussi, notamment dans la matérialisation des démons en image de synthèse. Il est amusant de constater que cette matérialisation fait souvent penser à du Moebius dans sa période ‘Incal’, comme d’ailleurs l’expérience mystique et chamanique… Chassez Mister Giraud et Moebius revient au grand galop.

Si dans le scénario, l’influence de Gérard Brach, le scénariste attitré de Polanski, est incontestable, Jan Kounen a voulu aller plus loin dans sa façon d’aborder les chamans et leurs coutumes. En se rendant au Pérou et au Mexique, il a pu nourrir son film des bases nécessaires à son exploration d’un phénomène méconnu qui lui a donné la possibilité d’entrer dans l’âme de son Blueberry.

Avec un Vincent Cassel habité, une Juliette Lewis pleine de charme et de volonté dans ce monde d’hommes propre au western, un Michael Madsen en force de la nature et qui ressemble de plus en plus à Nick Nolte, BLUEBERRY est un film surprenant, à contre-courant du western traditionnel, à l’image soignée et au titre trompeur…

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A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...