Equipe:
Durée: 135‘
Genre:
Date de sortie: 29/05/2001
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Pierre Delacroix alias "Dela", scénariste noir d'une chaîne de télévision est sur le point d'être flanqué à la porte. Pressé par son patron blanc de "produire" une émission "rentable", par dépit mais aussi provocation, il écrit le script le plus insultant et raciste possible et imagine une émission satirique caricaturant à outrance les vieux stéréotypes des nègres employés naguère dans les minstrel shows. Vrais noirs maquillés en faux, faces passées au cirages et grosses lèvres rouges, esclaves idiots et paresseux, l'énormité de la farce loin de choquer ou d'être prise au second degré, est un véritable succès. Blanc comme noir, le public en redemande et "Dela" devient la véritable coqueluche des studios.

Notre critique:

Il y a maintenant 15 ans, un petit film en noir et blanc, tourné en 12 jours allait bousculer l’image archaïque et stéréotypée du Noir dans le cinéma américain proposé par un Hollywood « bien pensant », et servir de détonateur à la carrière d’un cinéaste afro-américain encore étudiant. Dans la droite lignée de ses prestigieux prédécesseurs, Oscar Michaux et Melvin Van Peebles, le jeune Spike Lee avec SHE’S GOTTA HAVE IT ( NOLA DARLING N’EN FAIT QU’A SA TETE ) en osant enfin montrer la sexualité noire sans détour ni tabou se fait l’écho et le porte parole de sa communauté mais aussi de toute une génération. Célébrant sans emphase et avec audace la négritude, traitant ouvertement et sans compromis ni concessions le sujet tabou du racisme et de la question raciale, son cinéma est une déclaration de guerre et ses films autant de bombes jetées à la face d’une Amérique blanche dominante. Parmi les plus polémiques et engagés, on se souvient du provocant et controversé DO THE RIGHT THING, du réaliste et revendicatif JUNGLE FEVER ou encore MALCOM X, hommage rendu au leader noir le plus critiqué de l’histoire américaine.
Provocateur pour certains, prédicateur pour d’autres, souvent décrié mais jamais égalé il faut bien avouer que Spike Lee reste à ce jour le seul cinéaste afro-américain ou presque à être reconnu par l’institution et le public. Certes depuis toutes ces années les films bon gré mal gré se sont enchaînés et la vivacité des débuts, le côté corrosif et engagé, ont depuis quelques temps fait preuve d’une sérieuse baisse de régime. Mais voilà que pour ce 15ème combat il décide de ressortir l’artillerie lourde et de renouer avec ses chevaux de bataille de prédilection. Le titre à lui seul, BAMBOOZLED (référence à une phrase de Malcom X) littéralement « embobinés », entendez par là « couillonnés », est un boulet rouge tiré sur les institutions blanches, le milieu raciste des médias, ceux qui en profitent mais également les noirs qui le cautionnent.
A ceux qui auraient pu penser que le « black kid » du cinéma américain s’était rangé du côté des renégats ou des mercenaires, il nous prouve ici qu’il n’a pas raccroché les armes et sait encore mettre le doigt sur la gâchette. Certes la main a tendance à être un peu lourde parfois notamment dans la mise en scène et l’épilogue dont on ne sait que penser, mais la verve reste entière et malheureusement le sujet reste d’actualité. L’édifiant clip final d’extraits de dessins animés mais aussi de films signés entre autres Griffith, Fleming (les pères du cinéma?) en ce sens est éloquent. Hommage au talent des artistes noirs exploités par Hollywood, plaidoyer contre les clichés humiliants dont ils sont les victimes, BAMBOOZLED est aussi et avant tout un grand coup de gueule d’un Spike Lee qui nous prouve qu’il n’est pas prêt de vendre son âme au diable.

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Journaliste

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