Equipe: Ben Mendelsohn, Eliza Scanlen, Essie Davis, Rita Kalnejais, Shannon Murphy
Durée: 120‘
Genre: Comédie dramatique
Date de sortie:
Cotation: **** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Quand Milla Finlay, une adolescente gravement malade, tombe amoureuse du petit revendeur de drogue Moses, c’est le pire cauchemar de ses parents. Mais alors que cet amour lui apporte une nouvelle soif de vie, les choses se gâtent et la morale traditionnelle se voit battue en brèche. Milla montre à tous ceux qui se trouvent sur son orbite - ses parents, Moses, un professeur de musique sensible, un violoniste en herbe et une voisine enceinte extrêmement honnête - comment vivre comme si vous n'aviez rien à perdre.

Notre critique:

BABYTEETH est un premier film venu d’Australie. Après s’être fait ses armes en réalisant des courts-métrages et des épisodes de séries, Shannon Murphy passe le cap du long. Pour cette première, elle a carrément les honneurs de la compétition officielle de la Mostra de Venise, chapeau!

Le film est adapté d’une pièce de théâtre qui raconte l’histoire de Milla, jeune lycéenne atteinte d’une maladie qui la rapproche dangereusement de la mort. Milla tombe amoureuse de Moses, un jeune drogué qui va rapidement devenir le cauchemar des parents de la jeune fille. Entre sa maladie et ses choix amoureux malheureux, ses parents sont pris dans une situation délicate alors que leur propre situation n’est pas des plus enviables. La mère a des soucis mentaux compliqués et le père commence à saturer de sa situation familiale qui se détériore. Bref, la famille connait quelques problèmes à surmonter.

Aborder au cinéma le sujet de la maladie -infantile qui plus est- n’est jamais facile. C’est simple de tomber dans le pathos, de vouloir trop en faire, de se laisser submerger par l’émotion. Ces erreurs seraient encore plus évidentes pour quelqu’un réalisant son premier long-métrage mais, par on ne sait quel miracle, Shannon Murphy a réussi à éviter tous ces pièges. Le film n’est évidemment pas dépourvu d’émotion, de passages plus difficiles, de tristesse, de félicité, de colère mais ce n’est jamais à outrance. Murphy a su équilibrer le récit et le doser avec délicatesse.

Et Il est difficile de ne pas s’attacher à ces personnages. Milla, formidablement incarnée par la révélation et future star Eliza Scanlen (prochainement à l’affiche de LITTLE WOMEN de Greta Gerwig), est une demoiselle têtue qui est quasiment la personne la plus responsable de sa famille. Entre sa mère légèrement folle et le père qui ne sait plus que faire, c’est à Milla de prendre les choses en main. Quand on prend de l’indépendance à un si jeune âge, on ne peut éviter les bêtises et, dans ce cas là, heureusement que les parents sont là. Ce n’est pas Moses, plutôt irresponsable, qui va être d’une grande aide. Chacun, avec ses problèmes, va venir chercher les spectateurs par la main afin de les emmener dans ce récit.

Shannon Murphy filme ses personnages avec une distance et une dignité respectables. Jamais elle n’est dans le jugement alors que certaines actions pourraient être jugées. Chaque personne est entière, avec ses fêlures et, quand elles sont réunies, elles forment un ensemble magnifique à filmer et à regarder. Il se passe quelque chose à l’écran. D’un point de vue de la mise en scène et du montage, elle n’use pas des artifices récents qu’on commence à avoir trop vu à savoir, des filtres colorés à outrance et des musiques pop bien senties. Elle laisse la place à ses comédiens et leurs émotions pour émouvoir les spectateurs, tout simplement.

BABYTEETH est l’une des plus belles surprises de cette compétition vénitienne! C’est le film que l’on n’attendait pas, et qui semble susciter un enthousiasme des festivaliers et de la presse. Et en plus, c’est mérité. Placez Eliza Scanlen sur votre radar des jeunes actrices à suivre car on va en reparler encore longtemps. Elle irradie le film de sa présence, tous comme le font également ses partenaires, Essie Davis (la mère), Ben Mendelsohn (le père) et Toby Wallace en tête.

Shannon Murphy entre dans le monde des longs-métrages par la grande porte, en compétition à la Mostra de Venise. Espérons que cette réussite soit couronnée d’un prix et d’une belle carrière en salles.

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.