Equipe: Jean-Claude Carrière, Julian Schnabel, Oscar Isaac, Rupert Friend, Willem Dafoe
Durée: 110‘
Genre: Drame biographique
Date de sortie:
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Une évocation de la vie du peintre Vincent Van Gogh, durant son séjour à Arles et Auvers-sur-Oise.

Notre critique:

A part le discret, MIRAL sorti en 2010, Julian Schnabel n’a rien fait depuis la sortie de LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON en 2007, le film qui l’a révélé au public. Le voici enfin de retour avec AT ETERNITY’S GATE, un film évoquant la vie de Vincent Van Gogh. Comme Schnabel l’indique en conférence de presse, à peu près tout a déjà été dit et fait au propos du peintre néerlandais. Il fallait donc proposer quelque chose de neuf. C’est en compagnie du grand Jean-Claude Carrière que Julian Schnabel a écrit son scénario qui couvre principalement ses séjours à Arles jusqu’à sa fin de vie à Auvers-sur-Oise. Petit détail, c’est également à ces endroits qu’a eu lieu le tournage.

Le commencement montre Van Gogh a Paris avec de nombreux autres artistes, dont Paul Gauguin, mais aussi son frère Théo, célèbre galeriste. Le problème c’est que Paris ne lui convient plus à cause de son atmosphère et sa lumière grisâtre. Il va donc se rendre dans le sud pour se libérer quelques peu. Petit à petit, les choses vont se compliquer et les névroses apparaître. Van Gogh requiert l’aide de son frère mais aussi celle de Gauguin avec qui il va passer un peu de temps à Arles.

A l’écran, le début est plutôt laborieux. Schnabel se prend pour Terrence Malick et filme dans des scènes interminables Willem Dafoe, qui incarne Van Gogh, marchant dans la nature. C’est superbe, il y a quelques très beaux plans, mais cela devient vite ennuyant. Fort heureusement, tout le film n’est pas de cet acabit. La période la plus heureuse de Van Gogh est la plus pénible pour les spectateurs mais, rapidement, les choses évoluent. Van Gogh est connu pour ses nombreuses névroses, ses maladies mentales et sa consommation excessive d’absinthe. Ce sont ces aspects là que Schnabel va explorer plus en profondeur. Pour lui, le film est une réflexion sur l’art de manière générale, Van Gogh est presque une excuse pour atteindre ce but. La seconde partie du film, celle où Van Gogh sombre petit à petit, est la plus intéressante et pertinente. Il y a notamment question de ses problèmes d’alcoolisme. Ce qui est très astucieux c’est d’en parler sans jamais le montrer. Son frère lui fait souvent la réflexion qu’il boit trop mais, à aucun moment dans le film on ne voit Van Gogh un verre à la main. Cela permet d’illustrer le fait que la réalité pour Van Gogh n’est pas la « vraie » réalité. Sa vision du monde est biaisée.

La mise en scène, au début du film, est un peu lourde. Schnabel se regarde filmer, use et abuse d’astuces et effets tape-à-l’œil. Sa caméra portative bouge énormément. Beaucoup trop. C’est à un point tel que l’on aurait presque envie de vomir. L’intérêt est nul et le résultat tout aussi décevant. Schnabel utilise aussi une espèce de filtre qui rend floue l’image à certains moments. C’est censé illustrer les problèmes de vue de Van Gogh mais, le seul problème vraiment connu qu’il avait c’était qu’il voyait les choses plus jaunes qu’elles ne le sont. Ceci explique la dominance jaune dans son œuvre mais aussi la photographie du film qui tend vers cette couleur. Une autre convention qui interpelle, bien que pas hyper gênante, c’est celle de la langue. Le film se déroule en France, les gens parlaient donc français. Les personnages parlent eux anglais, sauf à quelques moments où ils passent au français. C’est un peu du chipotage mais cela démontre un vrai souci de convention purement cinématographique.

La prestation de Willem Dafoe est essentielle car le film repose sur lui. Il est quasiment de tous les plans. Les autres seconds rôles importants sont ceux de Rupert Friend dans le rôle de Theo Van Gogh, Emmannuelle Seigner dans celui d’une tenancière d’une auberge dans laquelle Van Gogh séjournera et Oscar Isaac dans celui de Paul Gauguin. D’ailleurs, lors d’une scène du début, Isaac est doublé en français, chose assez curieuse. Tous les trois sont plutôt bons. Cependant, un rôle de moindre importance est marquant, c’est celui d’un prêtre qui rend visite à Van Gogh. Ce prêtre est incarné par Mads Mikkelsen. Son apparition est courte mais la scène est l’une des plus réussies du film où le prêtre doit juger si Van Gogh est apte à retourner dans la société alors qu’il est traité dans un centre de maladies mentales.

AT ETERNITY’S GATE est une œuvre qui peine à décoller mais parvient à brosser un portrait d’un artiste qui change de l’ordinaire. C’est une ode à l’art, à la vie d’un homme effrayé qui remet tout en question. Ce n’est pas une œuvre facile, et en plus, elle souffre d’une mise en scène et d’un démarrage poussifs. Il semble évident que les grands connaisseurs du peintre néerlandais n’apprendront sans doute rien sur lui. Au mieux, ils seront peut-être contents, voire surpris, de voir que la fin de vie choisie par Jean-Claude Carrière et Schnabel n’est pas conforme à la thèse du suicide officielle, privilégiant celle selon laquelle Van Gogh se fit tirer dessus par des jeunes.

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.