Titre français: Assassin(S)

Equipe:
Durée: 130‘
Genre:
Date de sortie: 13/05/1997
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

ASSASSIN(S): Un nouveau constat très amer sur la vie de tous les jours et ses (détr-)acteurs...

Max (Matthieu Kassovitz) a 25 ans. Sans emploi, il passe ses journées entre formation professionnelle, télé et petits cambriolages. Il est jeune, un peu paumé et très influençable...
Sa rencontre avec Monsieur Wagner (Michel Serrault) va changer sa vie et sa façon de l'aborder. Car Monsieur Wagner est un artisan comme on n'en fait presque plus. Il est tueur à gages. Tueur? Oui, madame, mais de la vieille école, celle avec des principes et une éthique solide comme la crosse d'un 45. Et chez les Wagner, on est tueur de père en fils... Le problème de Monsieur Wagner, c'est qu'il est seul, qu'il vieillit et qu'il n'a pas de fils. Max, lui, il est là et il ferait peut-être bien l'affaire?

Notre critique:

Avec METISSE (93), un jeune réalisateur naissait au grand jour. Avec LA HAINE (95), ce réalisateur était reconnu. Avec ASSASSIN(S), ce même réalisateur assied sa réputation et confirme qu’il est bien le pavé dans la mare du cinéma français!

 » Le monde est à vous « ,  » just do it  » : c’est avec ses deux phrases que bien des jeunes se trouvent face à leur avenir.
La télé, la radio, les journaux, les jeux, le sport, la musique, les mots…tous ont au moins un point en commun : la violence!
C’est en combinant ces deux facteurs de vie que Kassovitz a construit son film. Quelles sont nos (réelles) armes pour entrer dans la vie active? Qui tire les ficelles de notre société? Sommes-nous tout à fait responsables de nos actes? Qui nous influence? Faut-il suivre le cours de notre vie normalement ou faut-il coûte que coûte en prendre les rennes, quel qu’en soit le résultat? Quels que soient les moyens à utiliser pour y arriver? Et la télé dans tout ça?

Du bruit , beaucoup de bruit, la télé, la radio, les marteaux-piqueurs,…le film baigne durant ses deux heures dans cette omniprésence fatiguante, stressante. Cette agression sonore et visuelle nous rappelle notre quotidien. Ce quotidien que nous avons trop facilement tendance à oublier. Kassovitz nous en fait vite prendre conscience. Nous mettant face à nous-mêmes et à notre existence, il nous oblige à nous jauger sans jamais nous juger. Quelles sont les armes que nous avons employées pour nous affirmer? Avons-nous aussi eu recours à la violence pour nous faire entendre?

Inspiré de son court-métrage ASSASSINS (92), cette version longue devrait enflammer les foules et la critique. Celle-ci serait aisée face au succès de LA HAINE, si Matthieu Kassovitz fonctionnait avec le système, car qui ne le fait pas? Mais malgré tout ce jeune prodige du cinéma français reste ferme envers ses idées et continue sur sa lancée. CINOPSIS en est, d’ailleurs, très heureux!

Michel Serrault est impérial en tueur sur le retour, parfois crispant, mais bien ancré dans ses principes. Kasso, l’acteur, se défend toujours aussi bien dans le rôle de celui qui qui n’arrive pas à mener sa barque. Medhi Benoufa fait froid dans le dos, en incarant une jeunesse qui n’a peur de rien et qui applique les solutions les plus radicales sans aucun recul. Ils sont tous servis par des dialogues froids. Les scénaristes distillent tout au long du film un humour glacial et parfois macabre. Grâce à son sens inné de l’image, le réalisateur métamorphose le spectateur en timbre et transforme son film en cachet postal. Désireux de nous imprégner de son film, de nous y tremper, il emploie la pub, les sitcoms (attention à la version trash de HELENE ET LES GARCONS), les jeux vidéo, les dessins animés… et il pousse presque à la noyade. T’es capable de regarder n’importe quelle merde à la télé, mais une fois qu’on te met en face de toi-même tu fermes les yeux! Ce discours résonne dans nos têtes comme une redoutable accusation du réalisateur face à son public.

Le jeune réalisateur/scénariste/monteur/acteur n’apporte aucune réponse dans son film, tout comme dans LA HAINE, mais il nous laisse sortir de la séance des questions plein la tête et l’envie de lui crier : « Kassovitz, putain qu’t’es bon! Continue à gueuler ta rage, on aime ça! « .

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Journaliste