Equipe: Woody Allen
Durée: 108‘
Genre:
Date de sortie: 06/01/2004
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Auteur new-yorkais en devenir, Jerry écrit des sketches pour comiques en panne d'inspiration tout en rêvant secrètement de pouvoir publier un jour un roman sur "le destin de l'homme dans le vide de l'univers". En attendant le succès, le jeune homme tente lamentablement de se dépatouiller avec ses gros et petits tracas quotidiens à commencer par son manager roublard et incompétent dont il est le seul client et n'arrive pas à se débarrasser. Côté cœur, bien que fou amoureux de sa petite amie Amanda, ça ne va pas très fort non plus puisque cette dernière en parfaite enquiquineuse névrosée et boulimique, devient hystérique dès qu'il ose poser une main sur elle. Ne trouvant aucun secours chez son psy muet comme une carpe, envahi par une belle-mère aussi folle que sa fille qui a décidé de squatter son appartement, Jerry se réfugie régulièrement sur les bancs de Central Park pour essayer d'y voir plus clair. C'est justement là qu'il va y faire la rencontre de David Dobel, un vieil humoriste paranoïaque et un peu réac' qui a un avis sur tout en général et sur les problèmes existentiels de Jerry en particulier.

Notre critique:

Un rendez-vous annuel depuis quasi près de 30 ans, des vieilles questions qui le turlupinent depuis sans doute bien plus (les femmes, le sexe, Dieu, les psys, lui-même…). Les familiers du petit réalisateur juif new-yorkais à lunettes dont je fais partie, ne seront donc pas franchement surpris et étonnés que pour ce 33ème opus, Woody Allen remette le couvert et ne déroge pas aux sacro-saintes règles qui le caractérisent. Plus ou moins inspiré selon les cuvées, capable d’œuvres immenses mais aussi de films mineurs, Woody sait pertinemment que quoi qu’il fasse, ses répliques ciselées, ses gags piquants et ses aphorismes désabusés, feront mouche de l’autre côté de l’Atlantique qui a toujours été à ses pieds. Oui mais voilà, inutile d’entretenir le suspens plus longtemps, quoi qu’on n’ait pu dire ou écrire, soyons un brin honnêtes pour avouer qu’ANYTHING ELSE n’est pas à marquer d’une pierre blanche dans les annales du petit Allen illustré.

Les affres de l’âge ne lui permettant plus de jouer lui-même les play-boys coureurs de midinettes torturées, l’ami Woody a donc choisi cette fois de passer la main à un Jason Biggs qu’on ne pensait pas voir sortir rescapé des pantalonnades de trois AMERICAN PIE. Se réservant cependant le rôle du vieux mentor confident, il s’essaye ainsi le temps d’un film, à une expérimentation de clonage et de dédoublement sur le jeune acteur. Rien ne manque à la panoplie du parfait alter ego jeune du maestro, mimiques, diction, tenue vestimentaire… Jerry est aussi cœur d’artichaut, tourmenté et empêtré dans les difficultés de l’existence que son illustre modèle qui le submerge de ses avis.

Seulement qui mieux que Allen himself peut jouer son propre personnage? Jason Biggs a beau s’appliquer du mieux qu’il peut, le transfert a du mal à pendre et la farce est un peu fade tant le langage si particulier du réalisateur sonne étrangement faux et plat dans sa bouche. Entre les pérégrinations amoureuses sans surprises du jeune couple et l’accumulation de scènes bavardes et banales de conseils entre le maître et l’élève, ANYTHING ELSE a tendance à trop vite tourner en rond et à s’essouffler faute d’enjeu scénaristique vraiment original. En cherchant à renouer avec un ton plus grave, Allen en oublie un peu les trouvailles burlesques ou les notes de poésie qui donnent à son grand cinéma ses joyeuses étincelles. Frustrant et un tantinet radoteur bien que n’ayant rien perdu de sa libido (les plans serrés de la craquante Christina Ricci en attestent), le réalisateur aurait-il une panne de réveil? La réponse est dans le film (« même une horloge cassée continue de marquer l’heure juste deux fois par jour ») et le prochain est déjà sur les rails. Nous voilà rassurés, Docteur!

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