Equipe:
Durée: 140‘
Genre:
Date de sortie: 30/12/2000
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Les respirations s'arrêtent, les yeux sont rivés sur un ballon en plein vol, les pom-pom girls se trémoussent, le public explose, les journalistes bondissent et les joueurs se télescopent. C'est ça l'enfer du dimanche pour des milliers de personnes, un choc où les titans se heurtent sur du gazon, où les gladiateurs font place à des joueurs de foot en armure de plastique et s'affrontent pour La cause, le trophée. C'est ça l'effervescence de ce jeu de massacre ou s'entrechoquent des hommes en plein star-system. C'est dans ce rituel quasiment guerrier que l'entraîneur Tony D'amato, légende vivante du football, va voir son équipe décliner de match en match. Après trois défaites cinglantes et la perte de deux de ses piliers de jeu, il voue sa confiance à un petit nouveau: Willie Beamen, une bombe humaine plus rapide que l'éclair mais fantasque et individualiste. L'ancienne et la nouvelle méthode vont devoir s'affronter sur le terrain partial d'un milieu soumis au show business, aux contrats publicitaires à la rentabilité directe et personnelle.

Notre critique:

Aux manettes de ce monstre cinématographique, de cette essoreuse de deux heures trente: Oliver Stone, technicien hors-pair, réalisateur de JFK et NATURAL BORN KILLERS. Le résultat est confondant, physiquement et psychiquement violent. Les valeurs se heurtent, l’amour du jeu est plus important que la victoire mais il faut rester coûte que coûte en lice. Les joueurs sont semblable à des pions qu’on avance ou que l’on recule, qu’on pique pour qu’ils repartent, de la chair à gazon à qui on cache les faiblesses physiques pour mieux les laisser se dépasser…

Les images s’amoncellent, le découpage rapide est de rigueur, la musique donne le tempo, rapide, très rapide. Jetés au milieu de ce stade, nous ne pouvons que subir cette brutalité barbare, grégaire. Dans le même temps, Stone nous fait participer de plein pied aux matchs avec sa caméra accrochée aux épaules de ses soldats. Il n’y a rien à redire sur les qualités cinématographiques des oeuvres de Stone, il sait jouer de l’objectif, mais ici il surjoue et engorge son film d’effets illusoires pas toujours adéquats. Le résultat est bluffant et éminemment Stonien. Pour peu que l’on connaisse le metteur en scène de PLATOON, on n’est pas surpris de constater le machisme latent contenu dans ANY GIVEN SUNDAY, les femmes sont des cruches, vénales, alcooliques ou gérantes de certaines vies masculines. De même il cultive une inhumanité propre à beaucoup de ses oeuvres (on regrette de ne pas en savoir plus sur les faiblesses de ses personnages) avec l’once d’altruisme nous permettant de raccrocher au récit. Violent et parfois abject, Stone, le sale caractère, s’oppose au monde du sport et à ses caries diverses pourries par le pognon et l’amour propre. Il mène son film à cent à l’heure et communique sa rage de vaincre.


ANY GIVEN SUNDAY est à la fois cynique, méchant, violent, nostalgique, speedé et lucide tout comme les précédents opus de Stone mais il porte également à la réflexion, au décodage de ce jeu de miroir plus subtil et trouble qu’il n’y paraît.

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Journaliste