Titre français: Hamlet

Equipe:
Durée: 238‘
Genre:
Date de sortie: 13/05/1997
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Une adaptation de Hamlet, du grand Shakespeare.

Notre critique:

HAMLET nous donne l’occasion de crever l’abcès purulent de mauvaise humeur qui grossit à chaque film de Kenneth Brannagh. Kenneth Brannagh est un homme de théâtre accompli, apprécié à juste titre, mais il a le tort irritant de se croire aussi bon réalisateur que comédien.

Une fois de plus, son projet est ambitieux. Prendre le texte entier de la pièce (4 heures!), au risque de perdre la majorité du public: c’est louable. Transposer l’histoire au 19ème siècle, risquant de perdre les inconditionnels de Bill, c’est courageux, mais perdu dans la masse: les RICHARD III et ROMEO ET JULIET récents osent l’anachronisme avec plus de réussite. Réunir un cheptel de stars pour des apparitions éclair, c’est plaisant, mais vain: on joue plus au who’s who qu’on ne s’intéresse à l’histoire… Jouer dans un immense décor rutilant photographié en 70 mm, c’est spectaculaire mais inutile pour un film essentiellement composé de longues papotes. D’ailleurs ce décor n’évolue JAMAIS en 4 heures; c’est beau au début, mais franchement ça lasse…

Qui expliquera un jour à Kenneth Brannagh OU placer sa caméra? Qui lui fera comprendre que ses travellings latéraux « font » cinéma mais qu’ils sont irritants d’inutilité dramatique: ils sont répétitifs, ne sont jamais modulés par l’action ou la psychologie des personnages. Qui lui fera comprendre que son montage systématiquement désynchronisé du rythme des scènes bousille l’excellente prestation de ses comédiens? Qui lui fera comprendre que son utilisation de la musique indigeste et répétitive de Patrick Doyle, tombe toujours à côté de l’action ou l’alourdit? Faudra-t-il encore un ou deux bides aussi mérités que son tartignole FRANKENSTEIN pour qu’il acquière enfin un minimum de compétence cinématographique?

C’est à se demander de quoi est constitué le vécu de Brannagh. HAMLET comme ses films précédents sent la fabrication théâtrale et ne ressemble en rien à la vie. Pas un pet de crédibilité. Il n’y a que chez lui qu’autant de scènes sonnent tout bonnement faux, jusqu’à devenir absurdes, idiotes. Il faut voir la prise du château danois d’Elseneur, où des milliers d’hommes attaquent… le garde unique… et noir (l’explication est dans le texte de la pièce: c’est un Suisse… Aaaah on comprend tout maintenant!). Il faut voir l’apparition du spectre amochée par des effets de montage grossiers et des sons infantiles façon bouhouhouhou-je-suis-le-fantôôôôôme. Et ce ne sont pas les seules scènes cornichonesques… Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut s’empêcher de rire.

Il n’y a vraiment que dans les monologues intimes, cadrés très serrés où Brannagh ne se laisse pas tenter de faire mumuse avec ses joujoux-cinéma, que son talent de directeur d’acteurs ressort vraiment. La folie de Kate Winslet, la confession de Derek Jacobi, sont deux bijoux de simplicité touchante perdus au milieu de la boursouflure dramatique généralisée.

C’est d’autant plus énervant que Kenneth Brannagh est entouré de l’élite des comédiens et des techniciens qui donnent le meilleur d’eux-mêmes. Mais il ne parvient pas à coordonner le tout. Comme on disait dans ACE VENTURA, nanar crétin mille fois plus cinématographique que ce théâtreux HAMLET: « le moteur tourne bien, mais y’a personne derrière le volant. »

A propos de l'auteur

Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.