Equipe:
Durée: 100‘
Genre:
Date de sortie: 01/05/2001
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Ali, Kwita, Omar et Boubker, ils sont quatre, gavroches des rues en fuite ou abandonnés mais prêts à se serrer les coudes quoi qu'il arrive. Amis à la vie à la mort, ils osent braver Dib le chef sauvage et cruel de la bande à laquelle ils appartiennent pour faire cavaliers seuls et vivre sur le port. Mais ce geste d'émancipation va leur coûter cher. Et lorsque Ali meurt fauché par un caillou, ses trois camarades décident de ne pas l'abandonner et de poursuivre son rêve. Ils lui offriront une sépulture digne d'un prince sur l'île aux deux soleils où il voulait aller.

Notre critique:

L’action de ce film se déroule au Maroc, mais elle aurait tout aussi bien pu se passer sur n’importe quel coin de notre planète tant ces images cruelles de petits mendiants sniffeurs de colle est malheureusement universelle. La rue est leur foyer et ici leur royaume est une vieille cimenterie désaffectée où règne sans partage Dib un jeune adulte muet qui soumet sa loi par la terreur et la violence. Malgré ce décor tragique, l’enfer qu’ils vivent et leurs gueules cassées, ces gosses qui ont pour cri de guerre « la vie c’est de la merde », n’en gardent pas moins un coeur d’enfant où le rêve et l’imaginaire sont leurs seules bouées.

Et c’est cette partie enfantine que le réalisateur Nabil Ayouch a voulu privilégier, entre documentaire et conte poétique, il a su éviter l’écueil du misérabilisme. Sans éluder la cruauté et la terrifiante réalité, pudiquement et par petites touches d’onirisme, il filme ces gamins avec une affection non dissimulée et nous les présente comme des êtres humains à part entière avec leurs faiblesses mais aussi leurs forces. C’est grâce à la rencontre d’une femme médecin et d’une association contre l’exclusion dans laquelle elle milite que Nabil Ayouch a pu réaliser ce film. Vivant pendant deux ans comme éducateur de rue autour de ces enfants vagabonds, il a pu à force de patience et de persévérance gagner leur confiance et découvrir leur univers. Le tournage leur a été présenté comme un atelier de l’association auquel ils pouvaient participer et c’est bien sur les épaules de cette troupe de jeunes acteurs que repose le film. A la ville comme dans le scénario ALI ZAOUA a voulu leur ouvrir une fenêtre sur la route de l’émancipation et leur permettre de retrouver un certain respect dont ils sont privés. Sans concessions ni apitoiement mais avec sincérité, cette fable sur l’apprentissage de la vie est aussi un formidable plaidoyer pour tous ces enfants des rues. Aventure cinématographique mais aussi aventure humaine, comment ne pas être touché par tant d’énergie et de spontanéité ?

A propos de l'auteur

Journaliste

Journaliste