Equipe:
Durée: 119‘
Genre:
Date de sortie: 29/01/2002
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

A quarante ans, Yosuke est soudainement licencié par le bureau d'architectes qui l'employait. Traqué par une femme vindicative qui réclame sa pension alimentaire, Yosuke erre dans la grande ville jusqu'à rencontrer l'improbable Taro, un clochard philosophe qui devient son ami. Peu avant de mourir, Taro dévoile à Yosuke l'existence d'un trésor caché dans une maison située à côté d'un pont rouge donnant sur la mer du Japon.
rnYosuke part à la recherche de ce trésor inespéré. Mais ses plans d'enrichissement sont vite compromis quand il découvre que la maison est habitée par Saeko, une jeune femme kleptomane, et sa grand-mère clairvoyante et muette. La situation se complique encore lorsqu'il s'éprend de la demoiselle et découvre qu'en faisant l'amour, elle déverse des torrents d'eau tiède sur son partenaire!rn

Notre critique:

Il est étonnant de voir à quel point le cinéma de Shohei Imamura, septuagénaire deux fois palme d’or à Cannes en 1983 (LA BALLADE DE NARAYAMA) et en 1996 (L’ANGUILLE), est tonique, jeune et drôle.

rn

En effet, DE L’EAU TIEDE SOUS UN PONT ROUGE est une comédie résolument positive, un mélange détonant de poésie, de personnages fantasques et de philosophie japonaise. N’hésitant pas à briser les tabous (les orgasmes arrosés de Saeko en choqueront plus d’un), Imamura construit avec amusement le portrait caustique d’un village de pêcheurs ancré dans des traditions parfois démodées. En peuplant son univers filmique d’une multitude de protagonistes à la lisière de la caricature, ce vieux routard aujourd’hui à la tête de l’Académie japonaise des Arts Visuels baigne son film d’une ambiance presque surréaliste. Débarrassé des contraintes du réalisme, il adopte une parfaite liberté de ton et aborde les thématiques qui lui sont chères, notamment la place de la femme dans la société. Son héroïne, vue comme un monstre par tous les machos du village, symbolise la nature profonde de l’âme féminine aux yeux d’Imamura: le couple amour-répulsion qui régit les relations entre les deux sexes depuis la nuit des temps.

rn

Formellement, le cinéma d’Imamura se compose de nombreux plans fixes, à la photographie sublime. Plutôt que de ralentir le rythme du récit, ils mettent en avant le jeu physique des acteurs, ici, le couple déjà à l’écran dans L’ANGUILLE, Misa Shimizu et Koji Yakusho, tous deux impeccables.

rn

Ce qui rend DE L’EAU TIEDE SOUS UN PONT ROUGE si remarquable, c’est ce fragile équilibre de forces qui s’établit entre le récit, l’image et les interprètes, un équilibre qu’Imamura semble maintenir sans effort apparent. C’est sans aucun doute cela toute la magie de son cinéma.

A propos de l'auteur

Journaliste