Equipe:
Durée: 118‘
Genre:
Date de sortie: 30/09/1997
Cotation: o (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Le président des Zétazunis est pris en otage dans son zouli navion par des sales pourris puants de sales Russes. Le Kremlin est en ébulition. La Maison Blanche vit sur des braises. Suspense. Mitraillette au poing, le président des Zétazunis mouille sa chemise et parvient lui-personnellement-tout-seul à coordoner le sauvetage des zoulis gentils et à démastiquer tous les sales méchants. En même temps, il restaure la paix dans tout le monde libre. Waaaa.

Notre critique:

AIR FORCE ONE pourrait être un film d’action fort réussi façon DIE HARD. Mêmes fusillades dingues dans des espaces confinés. Même jeu avec l’altitude. A part qu’ici, le building est couché et qu’il a des ailes… Avec la réalisation bétonnée de Wolfgang Petersen, il pourrait être aussi joussif si dès les premières minutes n’était pas lâchée la grosse bouse idéologique qui le parfume désagréablement jusqu’à la fin.

Après avoir fait enlever un général rebelle fourbe au fin fond de la Russie par un commando spécial, le président des Zétazunis fait une déclaration de foi: « nous ne nous cacherons plus derrière l’hypocrisie de la diplomatie, désormais nous interviendrons par tous les moyens auprès des états terroristes, c’est un devoir moral ». Et le président de montrer l’exemple en dégommant du pirate de l’air. D’entrée de jeu: bye bye le divertissement pur, bonjour la propagande…

Sous le couvert de la dramatisation et de la caractérisation des personnages tout devient affaire de symboles. D’un côté Harrison Ford en président vétéran du Viet-Nam (une bonne guerre malheureusement perdue), en bonne santé malgré sa soixantaine, décidé, volontaire. De l’autre un Gary Oldman en terroriste sinueux, ex-communiste (crime éternel), vétéran de l’Afghanistan (une sale guerre, bien fait qu’ils l’aient perdue) sensuel et pervers. Le premier justifie son interventionnisme avec calme et fermeté. Le second contre-argumente avec justesse (1) mais il est plein de tics, de tremblements, il a un accent de métèque et surtout, il fume (autre grand crime)! A votre avis, lequel des deux croit le popcornophage moyen?

De plus Petersen n’hésite pas à fourguer des symboles plus ras de terre, pour ceux à qui les argumentations politiques font mal aux méninges. Ils semblent d’ailleurs nombreux vu la quantité. Aaaaah le coup des fils électriques salvateurs aux couleurs de la bannière étoilée! Aaaaaah Harrison Ford qui coupe ses liens avec un bout de verre providentiel garni comme par hasard de l’écusson à l’aigle chauve! C’est « God Bless You America » expliqué aux enfants!

Avec INDEPENDANCE DAY, AIR FORCE ONE marque un retour en force de l’idéologie impérialiste monstrueuse. Mais alors que le nanar SF pouvait être désamorcé par une prise au second degré à force de cornichonnerie, ce film-ci est trrrrrrrrrrrès sérieux et crédible. Servi par la crème des crèmes tant technique qu’artistique, il anesthésie le jugement grâce à sa qualité et son efficacité redoutable. Ce qui le rend encore plus dangereux…

(1) Le terroriste joué par Gary Oldman interroge le président sur son sens moral variable en évocant les milliers de morts civils irakiens dont une partie des hommes politiques et de la population américaine bien pensante feignent d’ignorer l’existence.

Dans la réalité, la Guerre du Golfe est souvent considérée à tort comme une « guerre sans victimes » car la presse américaine n’a presque jamais repris le fait révélé par l’armée elle-même que seulement moins de 10 % des bombes volantes (dites « intelligentes » destinées aux « frappes chirurgicales ») auraient effectivement touché leur cible militaire. Les 90 % restant, hors de contrôle, auraient frappé bien à côté, essentiellement des zones civiles. Même en étant raisonnable, on peut imaginer l’étendues des ravages que l’on qualifie en langage militaire de « pertes colatérales »…

De toute façon qui écouterait ce sale ruskoff qui chante encore l' »Internationale » avec exaltation?

A propos de l'auteur

Christophe Bruynix
Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.